dimanche 31 juillet 2022

Le jeu du corbeau

 Dans Un peu de nuit en plein jour, Erik L'Homme invente un jeu de société, le jeu du corbeau, inspiré à la fois des constellations et de la mythologie nordique. Voici un extrait d'une partie :

- Vous vous rappelez les règles ? [...]
-  Conquérir le plus de constellations possible en échappant au corbeau ! 
Sylvain a déplié le plateau sur le tapis du salon, c'est une voûte étoilée peinte avec de nombreux détails, organisée autour de neuf constellations. Fleur distribue les jetons, elle choisit les dorés, donne les argentés à son frère, les cuivrés à Féral et pose es noirs sur un bord du plateau, là où se tient un corbeau dessiné sur une branche ; à l'autre bout un homme borgne et barbu est appuyé sur une lance, et en bas, sous les étoiles, deux chiens montrent les crocs.[...]
La fillette lance d'abord les dés jaunes qui lui apportent trois points. 
- Cassiopée !
Elle jette ensuite le dé blanc, qui hésite entre plusieurs chiffres et la tête de corbeau, avant de s'immobiliser sur le deux. 
- Joli coup ! 
Fièrement, Fleur pose deux de ses jetons à elle, les dorés, sur la constellation.
- A moi !
Sylvain s'adjuge les Gémeaux avec les dés jaunes, puis lance le dé blanc. 
- Oh ! Le corbeau !
La tête de l'oiseau l'a emporté sur les chiffres. Deux jetons noirs - ni plus ni moins - prennent possession de la constellation. [...] Sylvain réfléchit puis se décide, lance le troisième dé, le rouge, trois faces avec le visage du borgne, trois faces avec la tête des chiens. C'est le dieu qui apparaît et Sylvain exulte, il remplace les jetons noirs par les siens et remporte la constellation.
D'après cette description, je comprends donc que le jeu se joue avec trois sortes de dés, selon les règles qui suivent :
- les dés jaunes, en fonction du chiffre qu'ils donnent, indiquent sur quelle constellation on peut poser ses jetons
- le dé blanc présente cinq face chiffrées et une face avec une tête de corbeau. Si on tombe sur les chiffres, on place autant de jeton sur la constellation précédemment désignée. Si on tombe sur le corbeau, on doit placer deux jetons noirs sur la constellation : on perd son tour et le corbeau s'approprie, à notre place, les étoiles en question. 
- on peut choisir d'utiliser le dé rouge pour récupérer des étoiles gardées par le corbeau. En ce cas, il faut tomber sur le dieu borgne (Odin). Mais attention, si on tombe sur ses chiens, on doit passer deux tours ! C'est donc un coup risqué. 

Voilà mon interprétation ! Peut-être que je me trompe, mais c'est ainsi que je jouerai si j'avais la chance d'avoir un jeu du corbeau 😉 Ce jeu m'avait beaucoup marqué dès la première fois que j'avais lu Un peu de nuit en plein jour... Depuis, j'ai souvent eu envie d'en faire une partie !
Dans tous les cas, ce qu'on voit dans ce jeu (en rapport avec le thème de notre Été), c'est que le corbeau est un vrai chapardeur : ce n'est pas des cerises, des noix ou des bijoux qu'il cherche ici à attraper, mais des étoiles ! Seul Odin, l'Ase aux corbeaux, est capable de déjouer ses plans...

samedi 30 juillet 2022

Hrafnsmál : le Dit du Corbeau

 Le Dit du Corbeau (Hrafnsmál en Norvégien), est un poème du scalde (= poète) Hornklofi (« Griffe de corne »), datant du IXe siècle. Il s'intitule ainsi car il est écrit sous la forme d'un dialogue entre un corbeau une walkyrie (une divinité guerrière notamment chargée de conduire les âmes au Walhalla, sorte de paradis pour les braves). 
Il est aussi appelé Poème sur Harald (Haraldskvæði), car la walkyrie questionne le corbeau à propos du Roi Harald
 
Gravure de Joseph Swain

Le corbeau y est vu comme un messager : de même qu'Huginn et Muninn, il arpente le monde et rapporte à la walkyrie ce qu'il y a vu. 
 
Il est aussi étroitement lié au monde des morts et est montré comme un nécrophage. Ainsi, la discussion s'amorce car la guerrière s'interroge sur l'état du corbeau qui a le bec ensanglanté. Plus loin, le corbeau se réjouit car il a assisté à une bataille et a pu se repaître des morts. Il est également surnommé "buveur de la mer de sang", ce qui rappelle qu'il se nourrit des cadavres... Et ce n'est pas un hasard s'il discute avec une walkyrie, divinité de la bataille et de la mort !
 
En outre, le corbeau est vu comme un animal régalien, un compagnon de roi, puisqu'il avoue lui-même qu'il accompagne le Roi Harald "depuis qu['il est] sorti de l'oeuf".
 
Sur cette illustration d'Arthur Rackam, les Walkyries sont coiffées d'ailes de corbeau

 
 
***

Si vous avez la curiosité de lire ce poème, en voilà une traduction. 
Vous verrez que la poésie scaldique utilise des métaphores parfois alambiquées, qui se réfèrent à la mythologie et peuvent être difficile à saisir pour nous. Le Dit du Corbeau est assez simple mais je vous ai donné quelques infos entre crochets pour bien comprendre. 
Le texte commence par une courte harangue du scalde (du style : écoutez-moi), puis embraye avec le poème à proprement parler. Je vous laisse le découvrir...
 
/!\ Il s'agit d'une traduction approximative : je n'en ai pas trouvé en Français et me suis donc basée sur des textes norvégiens et anglais modernes. Vous aurez surtout l'idée, je ne suis pas apte à rendre la poésie du texte originale, et j'en suis navrée...


Les porteurs d'épées écoutent, tandis que moi, à propos d'Harald, le principal homme riche, je raconte les exploits. Je transmettrai les mots que j'ai entendus d'une jeune fille, blonde et aux cheveux blancs, qui a parlé à un corbeau. 
 
La walkyrie se croyait sage, Les hommes ne plaisaient pas à la vierge farouche, qui comprenait la voix de l'oiseau; elle aux cils clairs et au cou blanc salua le cueilleur de crânes d'Hymir [le corbeau], qui était assis sur la crête des rochers de la prairie.
- Comment vas-tu, corbeau ? D'où reviens-tu, si tôt dans la journée, avec un bec ensanglanté ? La chair pend à tes griffes, une puanteur de charogne sort de ton bec... Probablement qu'hier soir tu as logé là où tu savais que gisaient des cadavres !
Le plumage noir, frère-juré de l'aigle, bougea et essuya son bec, réfléchissant aux réponses :
- J'ai suivi Harald, le fils de Halfdan, le jeune descendant d'Yngve, depuis que je suis sorti de l'œuf.
Je pensais que tu connaissais ce roi, qui vit sur Kvinnar, Prince des Norvégiens, qui possède des navires profonds, avec des boucliers rouges aux pourtours rouges, des avirons goudronnés et des tentes saupoudrées de mousse.
Il veut organiser une fête de Yule en pleine mer, si lui seul doit conseiller, le prince noble, et pratiquer le sport de Freyr [=combattre]. Enfant, il était triste de se chauffer près du feu et de s'asseoir à l'intérieur de la chaude chambre des femmes, avec des mitaines en duvet.
Vous pouviez entendre à Hafsfjorden, comment le grand roi y combattit avec Kjötve le riche. les navires étaient venus de l'est, avides de bataille, avec des têtes [de figure de proue] béantes et des étraves sculptées. 
Ils étaient chargés de grands hommes armés de boucliers blancs, de lances occidentales et d'épées galloises. Les berserkers [guerriers-fauves] rugirent, le combat continuait, les loups hurlaient et secouaient leurs lances. 
Ils voulaient mettre à l'épreuve le puissant Roi, qui leur a montrer comment fuir, le souverain des gens de l'Est [=Norvégiens] qui vit sur Utsten. Le souverain a lancé les étalons de Nokkvi [le roi des mers, donc ses chevaux sont les navires], alors qu'il s'attendait à un combat. Il y avait du tonnerre sur les boucliers avant la chute d'Haklangr. 
Le Prince-au-cou-gras [= Kjötve] se lassa de défendre la terre contre cheveux-hirsute [=Harald]. Il a pris l'îlot pour bouclier. Les blessés se jetaient sous les bancs de rame, laissaient leur dos à l'air mais plongeaient leur nez dans la cale. 
Les guerriers sensés ont fait étinceler sur leur dos les bardeaux de la salle de Svafnir [=Odin, cette métaphore désigne les boucliers]. Ils ont été battus avec des pierres. Les gens de l'Est ont couru furieusement de Hafsfjorden à Jæderen - ils pensaient à la boisson à base d'hydromel. 
Les corps gisaient là sur le rivage sablonneux, destiné à l'amant borgne de Frigg [=Odin, Dieu qui accueille les morts]. Nous étions ravis d'une telle prouesse héroïque. 
Elles auront autre chose, les dames d'honneur de Ragnhildr [=la mère d'Harald], les femmes hautaines, pour bavarder autour d'un verre, que de voir des loups qu'Harald affamés du sang des tués, tandis que leurs propres hommes les nourrissent. [Autrement dit : les loups ne peuvent pas manger les cadavres des troupes d'Haralrd puisqu'il repart victorieux] 
Le grand roi, qui a épousé la Danoise, a rompu avec les femmes de Holmry et les filles de Hörderne, des païens et de la lignée de Hølge. 
 
-À quel point le guerrier est-il généreux envers ses excellents hommes qui gardent son pays ? 
-Les guerriers qui jouent avec des pièces dans la cour de Harald sont très doués ; avec des biens qu'ils sont doués et avec des épées brillantes, avec du minerai Hunnic (lances ?) et des femmes esclaves orientales. 
- Les guerriers sont grandement enrichis, ceux qui lancent les dés à la cour de Haraldr. Ils sont dotés d'objets de valeur et de beaux trésors, avec du métal Hunnish [=une lance] et une servante orientale. 
Alors les fougueux, quand ils peuvent s'attendre à la bataille, sont prompts à sauter et à plier les rames, à déchirer les lanières et à casser les sabords. Je sais qu'ils caressent durement les vagues quand le roi le veut. 
 
-Sur les conditions des scaldes, je vais te questionner puisque tu sembles bien informé. Tu connais probablement la condition des poètes qui sont avec Harald ? 
- A leurs robes et leurs anneaux d'or, on peut voir qu'ils sont amis du roi. Ils ont des manteaux de fourrure rouge avec de belles rayures, des épées enveloppées d'argent, des armure en cottes de mailles, des rubans d'épée en or, des casques ornés de personnages, des bracelets que Harald leur a donnés. 
 
-A propos des conditions des berserkers, je te demanderai, buveur de la mer de sang, comment sont traités les braves qui partent au combat ? 
-Les « bruyères de loup » sont les noms de ceux qui portent des boucliers sanglants au combat, ils rougissent les lances quand ils viennent au combat. Là, ils se réunissent. Là je sais que l'honnête prince fait confiance à de simples hommes audacieux qui taillent des boucliers. 
 
-Je t'ai peu interrogé sur les ménestrels et les jongleurs : comment sont accueillis Andaðr et ses compagnons dans le domaine de Haraldr ? 
- Andaðr prend soin d'un chien sans oreille; déroule des bêtises et fait rire le roi. Il y en a aussi d'autres qui doivent porter un copeau brûlant à travers le feu; ils ont coincé sous leur ceinture des chapeaux flamboyants, ces hommes qui méritent des coups de pied. 
 
***
 
Pour les plus curieux, vous pouvez aussi aller voir:

vendredi 29 juillet 2022

Hrafnsmerki : la bannière au corbeau

 Le corbeau était tellement chargé de sens pour les norrois qu'ils pouvaient arborer un type d'étendard particulier : la hrafnsmerki ou bannière au corbeau. Utilisée par les chefs, elle était de forme plus ou moins triangulaire avec un côté arrondi et arborait en son centre un corbeau. Elle pouvait être pliée de telle manière qu'on avait l'impression que l'oiseau battait des ailes quand elle flottait dans le vent
 

 Bannière au corbeau dessinée d'après une pièce de monnaie du Xe siècle :
 

Par exemple, Ragnar Lodbrok (un roi qui aurait vécu entre le VIIIe et le XIXe siècle au Danemark et en Suède et est connu pour avoir envahi la Northumbrie en Grande Bretagne), exhibait une telle bannière. Ainsi, on peut lire dans les Annales de St Neots du XIIe siècle : "les filles de Ragnar Loðbrok, avaient tissé cette bannière et l'avaient préparée pendant une seule heure de midi. De plus, il est dit que s'ils devaient gagner une bataille dans laquelle ils suivaient cette bannière, on devait voir, au centre de la bannière, un corbeau battant gaiement des ailes. Mais s'ils devaient être vaincus, le corbeau tombait immobile. Et cela s'est toujours avéré vrai

Cette bannière revêt donc un aspect magique, totémique, et prophétique. En tout cas on dit souvent qu'elle a été tissée à l'aide de sortillèges pour la rendre plus puissante. C'est notamment le cas pour la hrafnsmerki de Sigurd Hlodvirsson (dit Sigurd le Gros, Jarl du XIe s.) qui possédait une bannière au corbeau ensorcelée par sa mère et qui lui apportait la victoire. Mais la völva (ladite mère sorcière) avait posé des conditions : ce drapeau apportait la victoire s'il était porté devant soi (par quelqu'un d'autre probablement), mais il apportait la mort à celui-là même qui le portait. Autrement dit, mieux valait ne pas être le porte-étendard ! Dans la Saga des Orcadiens (écrite au XIIe siècle), c'est ainsi que Sigurd trouve la mort : sur le champ de bataille, il ramasse sa bannière qui est déjà tombé deux fois... et est aussitôt transpercé par une flèche. 
 
(source)


Autre exemple : Dans l'Encomium Emmae écrite au XIe siècle, on parle de Knut le Grand (roi du Danemark, d'Angleterre et de Suède au XIe siècle), qui possédait une bannière en soie sur laquelle apparaissait parfois, comme par magie, un corbeau (il était peut-être obtenu en fonction d'un certain pliage du drapeau) : "Cette bannière a été tissée de la soie la plus propre et la plus blanche et aucune image de personnages n'a été trouvée dessus. En cas de guerre, cependant, un corbeau était toujours visible, comme s'il y était tissé. Si les Danois allaient gagner la bataille, le corbeau apparaissait, le bec grand ouvert, battant des ailes et agité sur ses pattes. S'ils devaient être vaincus, le corbeau ne bougeait pas du tout et ses membres pendaient immobiles"
 
La bannière au corbeau semble apparaître à deux endroits de la Tapisserie de Bayeux (XIe s.) : ci-dessus elle est fièrement brandie...
... et ci dessous, elle est brisée aux sabots du cheval.  
 

 

jeudi 28 juillet 2022

Les II corbeaux d'Octantrion

Un peu de musique aujourd'hui avec Octantrion, un groupe de musique française composé d'Éléonore Billy et Gaëdic Chambrier. La musique d'Octantrion, entre néo-folk et mélodies traditionnelles, revisite les airs (et les légendes) nordiques. 
Ainsi, leur album II prend pour point de départ le mythe d'Huginn et Muninn
Sur leur site, on peut ainsi lire :  

 La thématique du corbeau, comme symbole des cultures païennes nordiques/ vikings, a été choisie et sert de fil rouge à ce disque qui comprend 15 morceaux, 10 compositions originales ainsi que 5 traditionnels suédois et islandais réarrangés. Les mélodies trottent dans la tête, les morceaux se dansent et se fredonnent emmenant l’auditeur en voyage vers un Nord rêvé, terre d’évasion et de légendes.
 

Je vous laisse écouter les morceaux consacrés à Huginn et Muninn. Laissez-vous emporter sur les ailes des corbeaux... J'espère que vous aimerez, pour ma part je suis une grande fan ! 😉

mercredi 27 juillet 2022

Corbeaux et vikings (2) : Huginn et Muninn

Odin, l'Ase (le Dieu) le plus important du panthéon nordique était associé aux corbeaux.
En effet, pour accéder à la connaissance et boire une gorgée de la source Mimir qui contient le Savoir, Odin a dû sacrifier l'un de ses deux yeux. Depuis lors, ses deux corbeaux, Huginn et Muninn, lui servent à la fois d'yeux et d'oreilles. En effet, sachez que dans la mythologie scandinave, il existe 9 mondes. Comme Odin ne peut pas être partout à la fois, il envoie Huginn et Muninn de par les mondes. Le soir, les corbeaux reviennent se percher sur son épaule et lui murmurent à l'oreille tout ce qu'ils ont vu. Attention, donc, si des corbeaux vous observent : il pourrait s'agir des serviteurs d'Odin ! 😉

Odin et ses corbeaux
sur la plaque d'un casque de l'Âge de Vendel (VIe-VIIIe s.)

 
 Les noms des compagnons d'Odin sont très représentatifs puisque Huginn signifie  "pensée" et Muninn "mémoire". 
Ce rôle d'Huginn et Muninn et attesté dans les poésies, les dits et les sagas. Par exemple, dans le Grímnismál (rédigé au XIIIe s. mais probablement composé beaucoup plus tôt), on lit :
Huginn et Muninn
Volent chaque jour
Au-dessus du sol immense ;
Je m'inquiète que Huginn
Ne revienne pas,
Pourtant c'est pour Muninn que je suis le plus anxieux
 
Enluminure médiévale

De même, dans l'Hrafnagaldur Óðins (L'incatation-corbeau d'Odin) on lit : 
 
Huginn est parti à la hâte
Pour explorer les vastes cieux,
Il cherche les peuples qui craignent
Une catastrophe s'il tarde.
 
Dans l'Hrafnagaldur Óðins, les Ases interrogent Idunn, une jeune fille prisonnière sous les racines de l'arbre Yggdrasil. 
Au dessus d'elle, on voit le corbeau Huginn.
(dessin de Lorenz Frølich)

En raison de son lien avec les corbeaux, dans les kennings, Odin est souvent appelé "Maître des corbeaux", "Dieux des corbeaux", "Seigneur des corbeaux"...etc. 
 
De plus, dans le folklore Suédois, les âmes perdues (assassinées ou suicidées) qui n'ont pas reçu d'enterrement décent errent sur terre sous forme de corbeaux.

Vous pouvez lire l'Hrafnagaldur Óðins en suivant ce lien

mardi 26 juillet 2022

Corbeaux et vikings (1)

  Le corbeau occupe une place importante dans la culture nordique, que ce soit dans la mythologie ou dans la vie quotidienne. 

 
Pour les vikings, le corbeau était connu pour son aspect charognard. Dans les poésies scaldiques (type  de poésie scandinave du Moyen Âge), les poètes utilisent une figure de style toute particulière : le kenning. Il s'agit de remplacer un mot par une périphrase métaphorique. Le corbeau qui se repaît de sang (de même que le loup), est un kenning fréquemment utilisé pour désigner une bataille meurtrière. 
Par exemple "le nourrisseur des corbeaux" ou "la faim des corbeaux" sont des kenning employé pour dire "guerrier" (=celui qui donne à manger aux corbeaux en laissant des corps derrière lui). "Rassasier les corbeaux" signifie qu'on vient de tuer quelqu'un ou de faire une bataille sanguinaire. "la récolte des corbeaux" désigne un cadavre. 
Parallèlement, "la sterne de la bataille", "le faucon de la walkyrie", "celui qui choisit les morts" sont employés pour désigner un corbeau... 
Jusque là, tout va bien : il est facile de reconnaître qui se cacher derrière les périphrase. Mais parfois, les kennings sont bien plus complexes et il faut les décortiquer ! Par exemple, voilà une autre expression qui désigne le corbeau : "le cygne de la sueur des épées". Ici, il faut comprendre : "la sueur des épées" = le liquide qui cause une épée = le sang. Quel oiseau se repaît de sang ? le corbeau. Le corbeau est donc métaphorisé par un cygne (alors que leur plumage les opposent) car il est l'oiseau le mieux placé pour boire "la sueur des épées"... ! Vous voyez un peu ces labyrinthes langagiers ?
 
Ornement viking du IXe s. représentant un corbeau

Par ailleurs, les corbeaux sont vus comme des oiseaux psychopompes, qui établissent un lien entre le monde des vivants et celui des morts. Les vikings pensaient que, sur un champ de bataille, les corbeaux se posaient sur les cadavres des braves pour choisir ceux qui iraient au Walhalla (sorte de paradis des guerriers). Les Walkyries, ces divinités guerrières, occupaient la même fonction (nous verrons dans un prochain article comment corbeau et walkyrie ont pu être associés). Ainsi, dans Beowulf (poème anglo-saxon composé entre le VIIe et le Xe siècle), on peut lire : "Le son de la harpe n’éveillera plus les guerriers morts, mais le corbeau noir et avide prendra son copieux repas et dira à l’aigle qu’il a fait un grand festin pendant qu’il dévorait les cadavres avec le loup."
 
Stèle viking suédoise sur laquelle on voit des corbeaux sur un champ de bataille
(source)

 

2 ans que tu es partie courir après le Lapin Blanc... 

Ma merveilleuse Doudou !

lundi 25 juillet 2022

Bran le Béni, ou les corbeaux de la Tour de Londres

 Bran Vendigeit (soit Bran le Béni) est un géant, roi de Grande-Bretagne dans la mythologie celtique
Selon les légendes, c'est un véritable héros qui permit aux Gallois de remporter maintes batailles et de repousser bien des envahisseurs. 
Il a notamment mené une guerre contre l'Irlande après que sa soeur, Branwen, qui avait épousé un Roi Irlandais, soit tombée en disgrâce : chassée du lit maritale, elle est condamnée à faire le ménage et la cuisine (style Cendrillon), et reçoit chaque jour une gifle du cuisinier. Après avoir subi ce mauvais traitement durant plusieurs années, elle parvient à envoyer un message à son frère pour le prévenir, grâce à l'aide d'un oiseau (toujours style Cendrillon !). 
 
Branwen envoie un oiseau à son frère (source)

 
 Bran se rend donc en Irlande pour délivrer sa soeur Branwen. La bataille est âpre. Les Gallois finissent par l'emporter mais il ne reste que sept survivants. Bran lui-même est blessé par une lance empoisonnée et meurt...
Après sa mort, ses fidèles alliés lui tranchent la tête et l'enterrent à Londres, à Y Gwynvryn (la Colline Blanche). Par la suite, durant de nombreuses années, les sept survivants et la tête de Bran continuèrent à discuter. Selon une prophétie, tant que la tête de Bran resterai à Y Gwynvryn, jamais la Grande-Bretagne ne tomberait aux mains des ennemis.
 
Illustration de Peter Diamond :
la tête de Bran (qui, je vous le rappelle, était un géant) est rapportée à Londres

Pourquoi je vous raconte cette histoire ? Parce que vous vous souvenez peut-être que Bran, en gaélique, signifie "corbeau", et Branwen "corbelle blanche"... Ainsi, vous avez pu constater que ce héros au nom de corbeau est lié au monde de l'au-delà : même mort, il continue à discuter avec les vivants...
 
Mais la légende ne s'arrête pas là !  C'est sur Y Gwynvryn que se dresse aujourd'hui la Tour de Londres, à l'endroit donc où a été enterrée la tête de Bran le Béni. Or, des années plus tard, vers le Ve siècle, un nouveau Roi britannique que vous connaissez (je parle du Roi Arthur) décida de déterrer la tête de Bran : il voulait démontrer que lui-seul était apte à protéger son peuple, et non le crâne d'un souverain de jadis... 
 
Il faut attendre bien des siècles avant qu'un troisième Roi entre dans notre histoire. Cette fois, il ne s'agit plus d'un héros légendaire, mais bien d'un homme réel : Charles II au XVIIe siècle. En souvenir de l'histoire de Bran et de la prophétie liée à sa tête, il déclara que tant que la Tour de Londres abriterait des corbeaux, la Grande-Bretagne ferait face à ses ennemis. Attention, je ne veux pas dire que c'est lui qui a inventé cette augure : il s'agissait probablement d'une superstition populaire qui découlait de l'histoire de Bran et qu'il a simplement démocratisé en la rendant officielle... Certains pensent qu'il a énoncé ce décret pour mettre fin aux jérémiades de John Flamsteed, son astronome, qui se plaignait que les corbeaux gênaient ses observations : le roi garda les corbeaux mais déplaça l'Observatoire qui depuis ne se trouve plus dans la Tour de Londres mais à Greenwich. 
 
Davantage encore : Charles II décréta que la Tour de Londres devait compter a minima six corbeaux pour que le malheur ne s'abatte pas sur la Grande-Bretagne. Pour éviter une telle catastrophe, il s'assura que des corbeaux resteraient toujours là en leur rognant les ailes. Depuis cette époque, la tradition s'est perpétuée : on garde toujours des corbeaux dans la Tour de Londres. Ils sont soignés par un Ravenmaster (Maître-corbeaux) et sont si bien bichonnés qu'ils peuvent vivre de longues années (quarante ans environ). Aujourd'hui, ils sont sept : Munin, Jubilee, Gripp, Harris, Rocky, Erin et Merlina
 
gravure du XIXe s.

 
 
Le Ravenmaster actuel, Christopher Skaife, s'attache à offrir plus de libertés aux corbeaux. Par exemple, il a fait en sorte que leurs rémiges soient moins taillées afin qu'ils puissent voler davantage : en effet, en 2013, deux corbeaux avaient été attaqués pas des renards et n'avaient pas pu s'envoler pour leur échapper...
 
Chris Skaife (source)


Ainsi donc, tant qu'il y aura des corbeaux à Londres, la couronne britannique ne craindra rien. 
God save the Queen... and the Crows ! 
 
Pour en savoir plus sur la Tour de Londres, vous pouvez regarder cette vidéo :
 
  
 

dimanche 24 juillet 2022

Les corbeaux d'Owain (ou une partie d'échec qui tourne au carnage)

Owain mab Urien (ou Owen fils d'Urien) est un roi de Grande-Bretagne qui aurait régné au VIe s. Surtout, il est devenu un héros celte et un personnage de la légende arthurienne (ces fameux chevaliers de la Table Ronde). C'est lui qui donnera son nom à Yvain, popularisé par Chrétien de Troyes au XIIe siècle. 
 
Apparemment, Owain possédait une armée de corbeau. Ainsi, dans le poème du VIe s. composé par le barde Taliesin Gweith Argoed Llwyfain ("La Bataille de Argoed Llwyfain"), il est raconté qu'il combat contre l'envahisseur Fflamddwyn... et il est écrit :
Des corbeaux guerriers sont devenus rouges
Et avec leur chef ont attaqué. 
 
Dans une autre histoire qui fait intervenir Owain et le Roi Arthur, on le trouve encore avec son armée de corbeaux. Il s'agit du Songe de Ronabwy (Breuddwyd Rhonabwy) écrit vers le XIIe-XIIIe siècle (mais peut-être composé bien auparavant et issu d'une tradition orale, puisque pour rappel à l'époque les auteurs et les scirpteurs n'étaient pas les mêmes personnes. 
Dans ce texte, le personnage principal, Ronabwy, s'endort sur une paillasse sale dans une maison miséreuse... et malgré cette piètre couche, il fait un rêve plein de splendeur : il se retrouve auprès des armées du Roi Arthur, aperçoit maints preux chevaliers prêts à partir à la bataille. Parmi ceux-ci se trouve justement Owain. En attendant le début des hostilités, Arthur propose à Owain de jouer aux échecs. Mais tandis qu'ils sont en pleine partie, un page vient trouver Owain et lui apprend que les petits serviteurs d'Arthur sont en train de s'amuser à martyriser ses corbeaux. 
Owain, en apprenant cela, demande à Arthur d'ordonner à ses hommes d'arrêter. 
" Joue ton jeu ", répondit Arthur.
 
Gravure du XIXe s.
 
La partie continue et un autre page vient trouver Owain pour lui parler de ses corbeaux. Celui-ci est de plus en plus inquiet pour les oiseaux, mais Arthur réplique encore : "Joue ton jeu", sans daigner intervenir. 
Quand un troisième page vient prévenir Owain, il n'y tient plus : il ordonne à son serviteur d'élever son étendard au milieu de la mêlé, et advienne que pourra ! 
 
gravure de Charlotte Guest (1877)

Le jeune homme se rendit aussitôt à l'endroit où les corbeaux subissaient l'attaque la plus rude et dressa en l'air l'étendard. Dès que l'étendard fut dressé, ils s'élevèrent en l'air irrités, pleins d'ardeur et d'enthousiasme, pour laisser le vent déployer leurs ailes et se remettre de leurs fatigues. Quand ils eurent retrouvé leur valeur naturelle et leur supériorité, ils s'abattirent d'un même élan furieux sur les hommes qui venaient de leur causer colère, douleur et pertes. Aux uns ils arrachaient la tête, aux autres les yeux, à d'autres les oreilles, à certains les bras, et les enlevaient avec eux en l'air. L'air était tout bouleversé et par le battement d'ailes, les croassements des corbeaux exultant, et d'un autre côté par les cris de douleur des hommes qu'ils mordaient, estropiaient ou tuaient.
 
Illustration d'Allan Lee

Le rapport de force est inversé : cette fois, ce sont trois chevalier d'Arthur qui, tour à tour, viennent le prévenir que ses hommes sont massacrés par les corbeaux. Mais quand Arthur supplie Owain de rappeler ses corbeaux, par trois fois il répond : "Joue ton jeu". Finalement, le Roi est tellement inquiet pour ses hommes qu'il serre si fort les pièces d'échec entre ses doigts qu'elles sont réduites en poudre (alors même qu'elles sont en or, et non en porcelaine ou autre matériau cassant !). Cette fois, impossible de continuer la partie. De toute manière, la plaisanterie a assez duré et Arthur a reçu une bonne leçon. Owain ordonne qu'on baisse sa bannière "et aussitôt la paix fut rétablie partout."
 
Voilà ce qui arrive à ceux qui embêtent les corbeaux ! 
 
Illustration de Natasha N. Sova (2009)

On voit, dans l'extrait cité plus haut, que l'étendard redonne force aux corbeaux, comme si en le voyant flotter ils retrouvaient capable de voler. 
En fait, cette anecdote est peut-être à considérer de manière métaphorique :  les "corbeaux" seraient une image pour désigner les soldats d'Owain. Qui sait, peut-être étaient-ils asticotés par les chevaliers d'Arthur mais n'osaient pas répliquer... jusqu'à ce qu'ils voient le drapeau de leur chef, signe que celui-ci les soutenaient  : ils ont alors eu le courage de rendre les coups qu'on leur distribuait. 
 
Pour lire une traduction de ce texte, vous pouvez cliquer ici. Il peut paraître déroutant de prime abord si on se focalise sur les noms des personnages, mais il faut passer outre : ce n'est pas ça l'important, c'est la poétique et la symbolique des images suscitées.  

samedi 23 juillet 2022

Corbeau celte : offrandes et divination

 Nous avons pu voir, ces derniers jours, que les corbeaux occupaient une place importante chez les Celtes aussi bien que chez d'autres peuples comme les Grecs ou les Romains. 
La preuve en a été fournie par l'archéologie : en Grande-Bretagne, on a retrouvé sur plusieurs sites des squelettes d'animaux inhumés, parfois aux mêmes endroits que des des ossements humains. Par exemple dans les sites de Winklebury, Danebury, Balksbury, Owslebury, Little Somborne et Rooksdown (tous situés au Hampshire, un comté situé sur la côte Sud). Ces squelettes datent tous de l'âge du fer (entre le VIIIe s. av JC et le Ier s.), soit la période celte. 
Parmi les squelettes d'animaux enterrés là, on trouve des moutons, des renards, des cerfs, des chiens... et aussi des corbeaux et des corneilles. Par exemple, à Danebury, sur les 700 squelettes découverts, 50 étaient des squelettes de corvidés. 

Squelette retrouvé à Winklebury (source)

  
Si, au départ (dans les années 1970), ces découvertes paraissaient un peu anodines, les chercheurs pensent désormais que ces oiseaux n'ont pas été enterrés là par hasard. Il s'agit probablement de sacrifices propitiatoires (= pour se rendre la divinité propice, pour s'attirer ses faveurs), en l'honneur des Morrigna ou de Lug, par exemple. 
 
Comme chez les gréco-romains, les corbeaux ont pu avoir des vertus divinatoires. On entendait des annonces dans leurs différents croassement... des annonces divines, mais aussi plus prosaïques. Par exemple, selon le folklore irlandais, voilà ce que signifie le langage des corbeaux :
carna, carna…grob, grob : un loup rôde parmi les moutons
- gradh gradh  : un ecclésiastique va venir nous rendre visite
- gracc gracc : un guerrier va venir

(source)

 

On connaît aussi un barde celte, Gwench'lan, qui selon la légende était renseigné par les corbeaux pour savoir ce qui se passait au loin...  D'ailleurs, alors qu'il était emprisonné, un corbeau de mer se repaissait des yeux de son ennemi qui l'avait jeté au cachot (Vous pouvez lire sa "prophétie" en cliquant ici)

vendredi 22 juillet 2022

Les Morrigna : Badb et Morrigan

 Dans la mythologie celtique irlandaise, les trois Morrigna sont trois soeurs déesses de la guerre : Badb, Morrigan et Macha. 
Les deux premières nous intéressent car elles sont liées aux corbeaux. 
Babd Catha par David W. J. Lloyd

 

Badb (dont le nom signifie "corbeau") aussi surnommée Badb Catha ("corbeau batailleur") est connue dans les récits et légendes pour semer le trouble et la peur parmi les soldats qui partent à la bataille. Elle apparaît parfois sous les traits d'une sorcière pour annoncer une mort imminente, et entendre son cri est de mauvais augure. Traditionnellement, elle est représentait sous la forme d'un oiseau nécrophage, soit un vautour soit un corbeau. 

Cuchulainn voit Morrigan sous les traits d'un corbeau
  
Morrigan (qui devint plus tard la fée Morgan), est également une déesse de la guerre, qui a possiblement était vénérée dès l'Antiquité : on portait des plumes de corbeaux pour l'honorer. 
Elle apparaît sur les champs de bataille tout de rouge vêtu, sauf si elle adopte les traits d'un corbeau ou de trois corneilles. 
Par exemple, on la voit dans Táin Bó Cúailng (La Razzia des Vaches de Cooley) En effet, le héros Cuchulainn avait refusé ses avances alors Morrigan avait tenté de s'en venger en prenant différentes formes :  une génisse blanche sans cornes aux oreilles rouges, une anguille rouge qui s'enroule autour de la jambe de Cuchulainn en plein combat pour le déstabiliser et une louve. Cuchulainn, la repousse et la blesse, mais plus tard, alors qu'il voit une femme laver ses vêtements ensanglantés, il comprend qu'il s'agissait de Morrigan, laquelle ne lui pardonnera pas ce dernier affront. Elle lui apparaît encore sous les traits d'une vieille mégère occupée à traire une vache. Cuchulainn, lui-même très affaibli, demande à la vieille de lui donner un peu de lait. Chaque fois qu'elle lui en donne une lampée, il se confond en bénédictions. Or, grâce à ses louanges, la déesse guérit : elle se transforme une dernière fois, en corbeau, et se perche non loin du champ de bataille pour assister à la mort de Cuchulainn et savourer sa vengeance...
 
Cuchulainn dans un jeu de tarot

La mort de Cuchulainn (détail d'une mosaïque à Dublin)

 

Héritière de Morrigan, la fée Morgane est souvent représentée avec des cheveux noirs corbeaux et est associée, dans l'imaginaire, à ces oiseaux (bien que je n'ai pas réussi à vous trouver de texte ou d'iconographie en attestant... il semblerait que le mythe se soit fondé de lui même, par analogie avec Morrigan). Du reste, puisque l'Enchanteur Merlin est associé au Merle, pourquoi Morgane ne pourrait-elle pas être associée au corbeau ? 😉

Merlin et le corbeau
(Louis John Rhead, 1923)


jeudi 21 juillet 2022

Le Dieu Lug

 Nous l'avons évoqué hier : Lyon, autrefois Lugdunum, aurait été nommé ainsi d'après des corbeaux car "lugos" signifie "corbeau" en gaulois. Eh bien, Lug est aussi le nom d'un Dieu Gaulois
 
 Il a l'air sympathique, non ?
(source)
 
Son nom peut être traduit par "lumineux", "celui qui brille", "le brillant"... Mais on voit bien qu'il est très proche du mot "lugos", ce qui explique pourquoi Lug et les corbeaux ont souvent été associés. 
C'est le Dieu de la lumière, mais aussi des arts. Il est associé à l’Été, au Soleil, ainsi qu'aux travaux des champs. Parfois, il est représenté avec trois visages, car il s'occupe aussi des commerces voire des voyages, autant d'activités qui se pratiquent à la croisée des chemins. 
 En tant que dieu de la lumière, on lui a aussi attribué pour animaux le coq, qui chante à chaque levé de Soleil. Le corbeau représente son pendant : Lug a aussi pu être considéré comme un être psychopompe, qui accompagne les morts dans leur dernier royaume, entre obscurité et lumière. 
On lui attribue également le sanglier, la harpe (pour les arts), la bourse (pour le commerce), ou encore la fronde
 
(source)
Sur ce gobelet en argent datant du 1er siècle, les chercheurs n'ont pas pu trancher s'il s'agissait de Dieux romains (Mercure) ou Gaulois (on voir le corbeau de Lug, le sanglier de Toutatis et l'aigle de Taranis).
 
Dieu solaire, Lug est célébré au cours d'une fête importante : la Lugnasad, qui se tient le 1er Août.
 

(source)

Sur ces pièces gauloises, on peut voir deux corvidés (en A)... mais si on les retourne, le visage de Lug apparaît (B) Bluffant, non ?