samedi 31 juillet 2021

Jean de l'Ours

 La figure de l'ours ou d'hartz a donné naissance, dans les Pyrénées, à un conte populaire : Jean de l'Ours (aussi nommé, suivant les langues et les patois, Juan Artz, Xan de l’Ours ou Joan de l’Ós. 
 

 
Cette histoire existe sous sous plusieurs versions, mais en résumé, voici son contenu :
 
Il était une fois une jeune femme qui fut enlevée par un ours, lequel la tint prisonnière dans sa caverne. Quelques mois plus tard, elle donna naissance à un garçon, qui fut baptisé Jean de l'Ours. Très velu et doté d'une force prodigieuse, il réussit à pousser la pierre qui fermait la caverne : ils s'enfuient tous deux avec sa mère. 
Ils retournèrent vivre dans le village de la femme, et Jean de l'Ours devint apprenti forgeron. Lors de son noviciat, il se tailla une grosse canne en fer qui décupla encore sa puissance. 
 
Jean de l'Ours et sa mère, illustration d'Edouard Zier
 
Après quoi, il partit à l'aventure. En chemin, il rencontra deux autres compagnons, aussi costauds que lui : le premier déracinait facilement des chênes, un autre pouvait porter des moulins (ou des montagnes). Ils voyagèrent ensemble jusqu'à un puits très profond, où Jean l'Ours descendit. Après avoir traversé une rivière de plomb en utilisant sa canne en guise de pont, puis avoir tué des bêtes monstrueuses (loup, lion, chat...) grâce à ladite canne, Jean atteignit un château. A l'intérieur étaient prisonnières des princesses, que Jean délivra avant de remonter avec elle à la surface. 
Bien entendu, à la fin, Jean et ses compagnons épousent chacun l'une des princesses !
 

Mi-homme mi-ours, Jean de l'Ours n'est pas un personnage exclusivement réservé aux Pyrénées. En réalité, il représente l'Homme sauvage, l'homme-bête, qu'on trouve sous différents noms dans bien des cultures (yéti, bigfoot, barmanou...). Mystérieux, invisible, il vivrait dans nos montagnes et nos forêts encore plus discret qu'un ours... 
Ce personnage de Jean de l'Ours se retrouve ainsi dans des contes bretons, mais aussi en Russie par exemple dans le conte Ivachko-Ourseau récolté par Afanassiev, au Mexique (Juan de la burra), en Espagne (Juanito el Oso).
 
Par ailleurs, de nombreux mythes, contes ou légendes mettent en scène un couple femme-ours ou homme-ourse (souvenez-vous qu'on trouvait déjà pareil exemple dans la mythologie gréco-romaine).
Au XIIe siècle, Guillaume d'Auvergne rapporte également une histoire semblable : une femme aurait été enlevée et retenue prisonnière par un ours qui lui aurait donné 3 fils. Femme et enfant furent délivrés par un charbonnier, mais les garçons gardèrent quelques traits de leur père : ils étaient particulièrement poilus et avaient tendance à pencher la tête d'un côté, comme le font les ours. 

vendredi 30 juillet 2021

Hartz(a) : l'ours basque

 Dans la mythologie basque, qu'on peut retrouver dans les Pyrénées, l'ours est appelé Hartz ou Hartza. Le mot "arzaina", berger, provient de là. 
 
On fête toujours Hartz aujourd'hui lors des carnavals basques, au mois de février. Pendant les défilés, des gens se déguisent en Hartz, en revêtant un costume velu... souvent doté de cornes ! Pour souligner le côté diabolique du personnage ? 


Hartz entouré de joaldunak (porteurs de sonnailles)
source


jeudi 29 juillet 2021

Kouwon Paaliset

 En Finlande, jadis, après une chasse à l'ours, on célébrait le Kouwon Paaliset, le "festin funèbre des ours". C'est cette fête-là qui est racontée dans l'épisode du Kalevala qui fait suite à la chasse dont je vous ai parlé hier (c'est aussi lors de cette fête que le chasseur raconte les origines mythologiques de l'ours, dont je vous ai déjà parlé).
Il s'agissait de rendre hommage à l'animal tué et à son chasseur. 
 
Voilà la description de cette cérémonie par M. Léouzon Leduc dans un article de 1845 : 
 

Et voilà,  après cet article où on a assisté à la fin de l'ours après avoir assisté à sa naissance, je vous laisse tranquille avec le Kalevala
 
Pour résumer, nous avons pu voir que l'ours, redouté mais aussi apprécié car il fournit viande et fourrure, tient une grande place dans la culture finlandaise. On est très prudent avec lui, on le célèbre et on lui donne des noms doux pour s'attirer ses bonnes grâces. 
Des ours sont souvent représentés sur les fioritures des armes des héros, et ils sont souvent associés aux loups, autres créatures redoutables.
 
Maintenant, il ne me reste plus qu'à vous conseiller de lire le Kalevala ! Vous pourrez retrouver le texte en ligne en cliquant ici.



mercredi 28 juillet 2021

L'ours dans la mythologie serbe

Restons en Europe mais avec une autre culture.
 
*Dans la mythologie serbe (ou slave), on décrit une créature nommée Bauk.
Créature des ténèbres, le bauk se cache dans les coins sombres (trous, cavernes, maisons laissées à l'abandon). Il ne supporte ni la lumière, ni le bruit. 
Dès que l'occasion se présente, il surgit de sa cachette pour se saisir de sa victime. Sa démarche est maladroite.
Cette description (démarche chaloupante, vie cachée dans l'ombre...) rappelle l'ours qui se déplace moins facilement que l'Homme sur deux pattes, sort la nuit, reste tapi au fond de la forêt où il se camoufle et ne sort pas de sa tanière pendant l'Hiver.

*On trouve un autre ours important dans la mythologie slave : 
Vélès est à la fois le Dieu de la guerre, de la chasse, du bétail et des richesses. A l'origine, il était représenté sous les traits d'un ours, puis peu à peu on ne l'a plus vu que comme un vieillard barbu (et poilu !). Sa tête d'ours a même cédé la place à une tête de boeuf, ou au moins à des cornes.
D'après la légende, ce serait lui qui aurait appris aux Hommes à ne pas tuer les animaux mais à les apprivoiser.
Pendant la semaine de Maslenitsa (autrefois liée à l'Equinoxe de Printemps, puis assimilé à Mardi Gras avec l'arrivée du christianisme), les gens se déguisent en l'honneur de Vélès : ils portent des masques d'animaux et des manteaux en fourrure. 
On l'honore aussi lors de la Komoïédits, fête du réveil de l'ours (le 24 mars... probablement liée à la sortie de l'hibernation).  
 
 
 
*Quant à Karatchoun, le Dieu du gel, on le dit servi par les loups et les ours !
 

mardi 27 juillet 2021

Chasse à l'ours dans le Kalevala

 Tout un passage du Kalevala met en scène une chasse à l'ours. Dans cet épisode, le héros Wainamoinen (un "runoia", c'est à dire une sorte de poète), ami du forgeron Ilmarinen, combat un ours envoyé par ses ennemis à qu'il a dérobé un objet de grande valeur (le Sampo). 

Sur ce bas-relief de Erik Cainberg,
Wainamoinen ne chasse pas l'ours mais le charme avec sa musique

Nous l'avons déjà évoqué au début du mois : pour les Finlandais, le nom de l'ours était tabou, on lui vouait un grand respect et on avait peur de le contrarier. La chasse commence donc par une sorte de prière pour que l'ours ne soit pas trop meurtrier 
 
 
 
 Ensuite, après avoir tué l'ours, le chasseur cherche à se dédouaner, comme s'il avait peur de s'attirer les foudres de son fantôme... ou de ses semblables ! 

 
 
Plus tard, quand il raconte son histoire, il se justifie de même :
 

Après quoi, il emmène la dépouille de l'ours en grande pompe jusqu'à son village, où est organisé une grande fête : pendant tout ce temps, et jusqu'à ce que la chair de l'ours soit mangée par tous les villageois, on ne cesse de parler à l'ours, et le glorifier comme s'il était encore vivant et qu'on le recevait tel un invité de marque. 
Par exemple, lisez ce passage : 
 
 
 
 
Enfin, quand l'ours a été entièrement mangé, le chasseur récupère ses os et au lieu de les jeter, les accroche dans un arbre pour rendre une dernière fois honneur à l'animal qu'il a combattu :
 

source


Voici quelques surnoms (honorifiques pour la plupart) donnés à l'ours dans ce passage :
- les pieds crochus
- la toison d'argent : car la peau d'ours servait de monnaie d'échange avant l'inventions des pièces.
- le beau des bois
- la pomme des bois
- le pied/la patte/la main de miel
- les petits yeux
- le nez écrasé
- le front (large)
- le bel homme
- l'or des forêts
- le coucou d'or de la forêt
- l'orgueil des bois
-le pied léger
- la vapeur de la forêt (référence à la buée qu'il peut faire en respirant l'hiver)
-l'homme antique/vieux/vénérable
-l'hôte d'or
-le bel enroulé (car il dort roulé sur lui-même quand il hiberne)
-le bas noir (pour la couleur de ses pattes)
-le vêtement de fourrure 
-l'oiseau des forêts