mardi 27 septembre 2022

Comment naquit le Corbeau ?

 Comment est apparu le premier corbeau ? 
Voilà ce que raconte une légende amérindienne du peuple abénakis... qui nous raconte en outre pourquoi, de tous les oiseaux, il est le plus noir et celui à la voix la plus rauque.
 
Quand le grand Créateur Tabaldak créa le monde pour les Hommes, il mit sur Terre toutes sortes de plantes et d'animaux afin de subvenir à leurs besoins. Les Hommes étaient ravis : ils jouirent de ce grand jardin pendant tout le Printemps, l’Été et aussi l'Automne. Mais lorsque l'Hiver vint et que l'Ours Blanc jeta sa pelisse sur le monde, les Abénakis se réfugièrent dans leurs tipis pour se garder au chaud. Les adultes, raisonnables, attendaient patiemment que le Printemps reviennent. Mais les enfants, eux, étaient contrariés : ils s'ennuyaient !
 
Quand Grand-Maman Marmotte vit cela, elle alla voir Tabaldak et lui dit : "Tu as créé toutes sortes de choses pour satisfaire les adultes, mais mes petits papooses se morfonde dans cet Hiver sans fin, ce n'est pas juste !"
Tabaldak promit d'arranger les choses. Quand le Printemps fut de retour, il observa que les papooses s'amusaient beaucoup avec les feuilles des arbres. Il pensa alors : "Si les enfants avaient toujours des feuilles pour jouer pendant l'Hiver, ils ne s’ennuieraient jamais !". 
 
Malheureusement, toutes les feuilles tombent avant l'Hiver... Finalement, il trouva alors une solution : il prit des feuilles et les transforma en oiseaux. 
Les enfants furent comblés de cette nouveauté ! Pendant tout le Printemps, l’Été et aussi l'Automne, ils jouèrent avec les oiseaux. Mais lorsque l'Hiver vint et que l'Ours Blanc jeta sa pelisse sur le monde, ils se trouvèrent fort chagrinés : dans sa précipitation, Tabaldak n'avait pas donné de couleur aux oiseaux. Tous étaient aussi blancs que la neige, ce qui les rendait difficile à voir dans le paysage et ce qui les rendait moins amusant. 
Quand elle vit le désappointement des enfants, Grand-Maman Marmotte retourna voir Tabaldak et lui reprocha  : "Tu es allée un peu trop vite en besogne ! Tes oiseaux blancs n'ont rien d'amusant pour mes papooses!". 
Tabaldak promit d'arranger les choses.
 
Quand le Printemps fut de retour, il observa la nature. Il sélectionna alors toutes sortes de couleur sur les arbres, les fleurs, les ruisseaux... Puis, il appela tous les oiseaux, leur demanda de se mettre en rang, et commença à les peindre un par un
L'oie passa en première et lui donna l'une de ses plumes pour qu'il puisse peindre les autres. "Quant à moi, je resterai blanche, proposa-t-elle. Et deux fois par an, au Printemps et à l'Automne, je passerai au-dessus des tipis pour rappeler aux enfants tout ce que tu as créé pour leur vie et leur amusement".
 
Illustration de Tomie de Paola

 
 Tabaldak se mit donc au travail. Avec le rouge et le jaune il colora le chardonneret. Avec le bleu il peignit la mésange. Avec le brun il teinta le faucon... et ainsi de suite. 
Mais tandis qu'il peignait, un oiseau plus tapageur que les autres venait le distraire, piaillait autour de lui, lui donnait de petit coups de bec pour l'enjoindre de se hâter ou de le peindre en premier. Tabaldak, patient, repoussa l'oiseau tapageur par deux fois. La troisième fois, alors que son tour venait enfin, l'oiseau était tellement excité qu'il renversa tous les pots de teintures, au grand dam de Grand-Maman Marmotte qui surveillait avec intérêt cet atelier de peinture.  
Toujours avec calme, Tabaldak ramassa la peinture qui, en se mélangeant, était devenue noire. Mais quand il attrapa l'oiseau tapageur, il lui déclara : "Telle as été ta volonté et telle sera la mienne : Corbeau, tu seras toujours un oiseau aussi tapageur et noir que tu l'as été aujourd'hui. Ton vol sera lourd et bruyant, on t'entendra venir de loin et tout le monde te craindra, aussi bien les petits animaux que les hommes". Ainsi Tabaldak peignit-il le corbeau impatient en noir. 
 
Illustration de George Littlechild


Mais vint ensuite le tour d'un oiseau bienveillant, qui regrettait les bêtises de son frères. Il ne voulait pas que seul le corbeau ait des plumes noires... par ailleurs, il aurait aimé être coloré avec touts les couleurs de la création, pouvoir voler haut dans le ciel, et tournoyer comme un arc-en-ciel afin de montrer aux enfants toute la puissance du Créateur. Mais puisqu'il ne restait qu'une teinte noirâtre dans les pots mélangés de Tabaldak, il ne pouvait plus recevoir aucune autre couleur. Ému par ce noble oiseau, le Créateur lui peignit le bout des ailes en noir, ainsi que la queue et lui dit :  "Telle as été ta volonté et telle sera la mienne : Aigle, tu seras toujours mon oiseau. Tu voleras haut et vite dans le ciel, et ton cri et tes cercles rappelleront à tous que c'est moi qui ai créé le monde et ses oiseaux. Les oiseaux t'admireront et pour t'honorer, ils te représenteront en haut de leurs totems."
Ainsi Tabaldak donna-t-il à l'Aigle toute sa lumière, alors que le Corbeau se trouvait plongé dans l'ombre...
 
Illustration de Tomie de Paola

 

***
Une légende japonaise raconte à peu près la même chose, sauf que c'est une chouette qui peint les oiseaux. Elle prépare une belle couleur bleu pour le corbeau, mais il est tellement impatient qu'il chamboule tout, mélange trop vite se barbouille et devient noir... Ainsi est née l'inimitié entre corbeau et chouette (on retrouve encore ces chamailleries entre corbeau et chouette, qu'on avait déjà vu dans la mythologie gréco-romaine à propos des oiseaux d'Athéna/Minerve) 
Vous pouvez lire cette version en cliquant ici.


2 commentaires:

  1. Très belle histoire, qui m'a rappelé, très humblement, notre histoire sur les papillons et la palette de couleurs du peintre.

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  2. comme souvent la légende japonaise est plus poétique, elle mérite d'être lue entièrement.

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