Aujourd'hui, jour d'Halloween, jour de Samain... et dernier jour de la saison trotte-menu !
Pour cet article, je vous ai donc prévu un petit tour du côté du monde de la sorcellerie avec Sacrées Sorcières de Roald Dahl.
Ce roman jeunesse (et génial !) nous initie à l'art de reconnaître les sorcières, qui se cachent bien souvent derrière le visage d'une gentille dame.
Le narrateur est un petit garçon orphelin dont la grand-mère prend soin. Cette grand-mère est une spécialiste des sorcières et elle lui apprend à les éviter.
Or, suite à des problèmes de santé, le garçon et sa mamie doivent se rendre dans un hôtel pour qu'elle se repose. Afin qu'il ne s'ennuie pas, elle lui offre deux souris blanches. Il les appellent William et Mary, et est bien décidé à leur apprendre des tours pour en faire de véritables souris de cirque !
"Voyez-vous, ma grande ambition, mon
rêve fou, c’était d’avoir un cirque de souris blanches !
Lorsque les rideaux rouges s’ouvriraient sur la scène, le public
verrait mes souris dressées, célèbres dans le monde entier, des
souris funambules, trapézistes, des souris faisant des triples sauts
périlleux, bondissant sur un trampoline, et effectuant d’autres
tours prodigieux. J’aurais des souris blanches qui chevaucheraient
des rats blancs, et ces rats blancs feraient le tour de la piste à
un galop d’enfer. Je me voyais déjà, voyageant en première
classe à travers le monde entier, avec mon célèbre Cirque de
souris blanches, et donnant des spectacles devant toutes les têtes
couronnées d’Europe."
Malheureusement, le directeur de l'hôtel a en horreur les rongeurs : il exige que William et Mary ne quittent jamais leur cage. Mais comment dresser des souris de cirque dans une cage? Pour pouvoir les en sortir, le garçon va s'installer dans une salle de congrès.
Une
souris intelligente peut facilement devenir funambule, si on sait s’y
prendre. D’abord, il faut un bout de ficelle, je l’avais. Puis un bon
gâteau. Les souris blanches préfèrent le gâteau à la groseille. Elles en
raffolent. J’avais également apporté des biscuits aux raisins secs. Je
les avais mis dans mes poches en prenant le thé avec Grand-mère.
Voici la manœuvre : des deux mains, vous tirez sur les bouts de la ficelle. Il faut commencer par un petit bout d’environ cinq centimètres. Vous mettez la souris
dans votre main droite et un bout de gâteau dans la gauche. La
souris se trouve donc à cinq centimètres du gâteau. Elle le voit,
le renifle. Ses moustaches s’agitent, palpitent. Elle pourrait
presque atteindre le gâteau en se penchant… enfin, pas tout à
fait. Pour atteindre le savoureux morceau, elle n’a qu’à faire
deux pas le long de la ficelle.
Toutefois, alors qu'il est en pleine séance d'entraînements, une foule de femmes entrent dans la pièce pour leur rassemblement annuel. Vite ! le garçon se cache derrière un paravent. Et heureusement, car ces femmes ne sont autres que des sorcières, qui ont trouvé un moyen imparable de se débarrasser de tous les enfants de la Terre...
Les sorcières vont acheter des magasins de bonbons et verseront dans leurs confiseries la potion qui agit à retardement, de la manière suivante (description de la Grandissime Sorcière, qui a un formidable accent) :
Voilà ce qui arrrive à l’enfant qui
en a prris :
1. L’enfant rrentrre chez loui
en excellente forrme.
2. Il va au lit en excellente
forrme.
3. Il se rréveille, le lendemain,
en excellente forrme.
4. Il va à l’école toujourrs
en excellente forrme… [...]
5. L’enfant se met à rrétrrécirr…
6. Des poils loui poussent…
7. Quatrre pattes et oune queue !… Tout cela dourre 26 secondes exactement.
8. Aprrès quoi, l’enfant n’est plous oun enfant, mais oune sourris, en excellente forrme !
[...]Les maîtrres [d'école] éparrpillerront des
sourricièrres mounies de grrouyèrre dans toutes les classes et la
courr de rrécrréation ! Les sourris grrignoterront le
grrouyèrre et… Clac ! Clac ! Les têtes rroulerront parr
terrre comme des billes. Et dans toutes les zécoles anglaises
rrésonnerra le brrouit joyeux des sourricièrres ! Clac !
Clac ! Clac !
Soit dit en passant, cette année (événement rare) Halloween coïncide avec la Pleine Lune. D'après Roger Zelazny dans le Songe d'une nuit d'Octobre, il se pourrait bien que les ténèbres en profitent pour pénétrer notre monde. Espérons que Jack l'Eventreur et son chien Snuff sauront les en empêcher !
Aujourd'hui tu aurais eu 13 ans...
Même si tu n'es plus là, je n'oublie pas.
***
Un peu de douceur aujourd'hui pour cette fin de saison trotte-menu.
Parlons un peu d'un de mes livres favoris, Alice au Pays des Merveilles.
Car oui, il y a aussi des trottes-menus dans Alice !
*Tout d'abord, Alice rencontre une souris alors qu'elle est plongée au milieu d'une merconstituée de ses propres larmes.
La fillette commence par l'aborder à la manière d'un manuel de Latin, en déclamant ses déclinaisons :
"La souris, de la souris, à la souris, ô souris."
(NB : le jeu de langue est probablement plus important en Anglais, car certaines terminaisons latines -mus se prononcent "-mousse", presque comme l'anglais "mouse")
Illustration de Tenniel
Comme la grignottine ne répond pas lorsqu'elle la salue, Alice pense qu'il s'agit d'une souris française, débarquée avec Guillaume le Conquérant. Elle lui adresse alors les premières paroles de son manuel de Français : "Où est mon chat ?"
Évidemment, cette question ne ravit pas la souris qui s'éloigne le plus vite possible d'Alice ! Mais celle-ci parvient à la rattraper et lui demande pourquoi elle n'aime ni les chats, ni les chiens. Les deux nageuses prennent pied sur une berge et, comme elles sont trempées, la souris se met à lui raconter une histoire très sèche dans l'espoir de les sécher (cette histoire est, en réalité, une barbante leçon d'Histoire). Ce moyen n'est pas très efficace pour se sécher, et ce n'est qu'après avoir couru sous les ordres d'un dodo pour se réchauffer que la souris raconte son histoire.
Ce passage est le seul de tout le roman qui prend la forme d'un calligramme représentant la queue sinueuse de la souris.
(cliquez pour agrandir)
Alice vexe à nouveau la souris en confondant le nœud de l'intrigue avec un nœud de sa queue... Et cette fois, la souris part définitivement.
Ce premier personnage a donc fourni à Alice l'occasion de réviser son Latin, son Français et son Histoire !
Illustration de Tenniel
*Plus tard, quand elle prend le thé avec le Lièvre de Mars et le Chapelier Toqué, Alice rencontre un loir. Ce loir, comme dans le dicton "être paresseux comme un loir", "dormir comme un loir" (en Anglais, c'est vraiment l'équivalent de notre "dormir comme une marmotte"), cet animal est très paresseux. Il dort dans une théière ou sur la table.
Pour lui "je respire quand je dors" et "je dors quand je respire" sont équivalents !
Quand il se réveille, il raconte à Alice l'histoire de trois petites filles qui vivent au fond d'un puits à mélasse... Mais comme il ne cesse de s'assoupir, Alice ne connait jamais la fin de l'histoire !
Le Lièvre et le Chapelier essaie de mettre le Loir dans la théière Illustration de Tenniel
*Enfin, nous entrevoyons des cochons d'Inde. Tout d'abord quand le Lapin Blanc prend Alice pour sa bonne Marianna : la fillette mange un biscuit qui la fait grandir. Le Lapin Blanc appelle à la rescousse des jardiniers : deux d'entre eux sont des cochons d'Inde.
Illustration de Gwynedd M. Hudson
Ensuite, à la Cour de la Reine de Coeur, Alice est jugée lors d'un procès car elle suspectée d'avoir volé les tartes de Sa Majesté. Dans le public se trouve des cochons d'Inde...
Un des cochons d’Inde applaudit, et fut immédiatement réprimé par un des huissiers.
(Comme ce mot est assez difficile, je vais vous expliquer comment cela se fit. Ils avaient un grand sac de toile qui se fermait à l’aide de deux ficelles attachées à l’ouverture ; dans ce sac ils firent glisser le cochon d’Inde la tête la première, puis ils s’assirent dessus.)
« Je suis contente d’avoir vu cela, » pensa Alice. « J’ai souvent lu dans les journaux, à la fin des procès : « Il se fit quelques tentatives d’applaudissements qui furent bientôt réprimées par les huissiers, » et je n’avais jamais compris jusqu’à présent ce que cela voulait dire. »
En somme, les trotte-menus sont prétextes à instruire Alice... même si les connaissances qu'ils lui fournissent sont assez alambiquées !
Dans l'un des Contes du Chat Perché de Marcel Aymé, "Le Chien", on rencontre une autre souris aveugle.
L'histoire est la suivante :
Delphine et Marinette rencontrent un ancien chien d'aveugle qui a accepté de prendre la cécité de son maître lequel, ayant retrouvé la vue, l'a abandonné.
Le Chat, qui a sympathisé avec le Chien, accepte à son tour de devenir aveugle à sa place.
Mais bientôt, il se lasse de ne plus y voir. Alors, il parvient à capturer une souris : il promet de lui rendre la liberté si elle prend son mal. La souris est contrainte d'accepter.
C'est alors que revient l'ancien aveugle. Il aimerait retrouver sa cécité car autrefois, quand il était infirme, les gens lui faisaient la charité... Alors qu'aujourd'hui il est obligé de travailler ! La souris lui rend donc son mal. Mais le chien refuse de servir son maître d'autrefois qui l'a cruellement abandonné. C'est la souris qui accepte de le guider sur les routes...
Voilà le moment idéal pour vous parler des souris qui apparaissent dans Shrek
La majorité des personnages qui apparaissent dans le dessin animé de l'ogre (âne parlant, pinocchio, princesse, dragon, grand méchant loup, bonhomme de pain d'épice... etc.) sont issus de contes.
Or, je n'ai jamais lu de conte mettant en scène ces souris-là, trois petites souris aveugles ! Je me suis toujours demandé de quel trou elles sortaient... Et heureusement que la "saison trotte-menu" est arrivée, car après toutes ces années, j'ai enfin pris la peine de chercher d'où viennent les souris de Shrek !
En réalité, elles ne proviennent pas d'un conte mais d'une comptine britannique écrit au début du 17e siècle.
Comme la plupart des comptines et des berceuses, elle est assez... cruelle !
Voici sa traduction en français :
Trois souris aveugles,
Voyez comme elles courent,
Elles couraient toutes après la femme du fermier,
Qui leur a coupé la queue au couteau à rôti,
Avez-vous déjà vu, au cours de votre vie,
Trois souris aveugles ?
Certains pensent que cette chansonnette faisait originellement référence à la Reine Victoria (déguisée en femme du fermier), qui avait crevé les yeux et exécuté trois Protestants. Cette hypothèse reste controversée et, comme toutes les comptines, on ne pourra jamais savoir comment elle a vu le jour !
La Roue Médecine, aussi appelé Cercle de la Vie, est une pratique symbolique amérindienne. Elle représente un cercle sacré, divisé en quatre quadrants qui représentent :
- les quatre directions
-les quatre saisons
-les quatre éléments
-quatre couleur
-quatre qualités
-quatre animaux gardiens de ces valeurs
Ces éléments peuvent varier d'une tribu à une autre. Néanmoins, pour certains peuples, la souris entre dans la Roue Médecine : elle est la gardienne du quadrant Sud, associée à l'Eté, à l'eau, à la couleur rouge et aux qualités émotionnelles.
La souris, qui est minuscule par rapport aux autres gardiens (souvent : le buffle, le loup et l'aigle), attire l'attention sur les petits détails de notre quotidien et de la nature.
Dans plusieurs mythologie amérindiennes mettent en scène un Rat ou un Rat Musqué (sorte de ragondin). Ces personnages apparaissent notamment dans les cosmogonies (= récits fondateurs qui racontent comment a été créé le monde).
Pour certaines tribus, autrefois, le monde était recouvert d'eau.
Pour pouvoir vivre au sec, plusieurs animaux plongèrent au fond du flot et essayèrent d'en ramener de la terre. Le corbeau, la loutre, le castor (et dans certaines versions : le canard, le huard et le vison) plongèrent mais ne réussirent pas à aller assez loin... Seule Muskrat (le Rat musqué femelle) réussit à atteindre le fond et à revenir avec une poignée de limon qui, étalé sur la carapace de la Tortue, devint notre terre.
Pour d'autres tribus, le Rat est le gardien du feu :
Autrefois, le Rat (Koorambin) et la Morue étaient les deux seules animaux qui connaissaient le feu. Ils habitaient près de la rivière et cuisaient des moules pour se nourrir. Un jour, le faucon parvint à leur voler une étincelle et put ainsi diffuser la connaissance du feu, qui était autrefois jalousement gardée par le Rat et la Morue.
Au contraire, pour certains, le Rat est lui-même un Prométhée voleur du feu :
- des peuples considèrent que le Rat a aidé Coyote à grimper jusqu'au ciel pour y dérober le feu des Dieux.
- d'autres racontent comment le Rat et le Caribou se rendirent chez Vieil Homme (=figure divine) pour lui voler le feu : le Caribou mit volontairement ses bois dans le foyer. Pendant que Vieil Homme l'aidait à éteindre sa ramure, le Rat en profita pour chiper une braise et la ramener chez les mortels.
Une histoire tunisienne nous raconte comment la Cigale épousa le Rat. Ce conte est une version alternative à la fable bien connue de La Cigale et la Fourmi, où le Rat tient lieu de Fourmi (et où la Cigale n'est pas punie !):
Un jour, la Cigale qui chante si bien part en quête d'un mari. Le Chameau, le Boeuf, l'Âne et le Coq viennent lui proposer de les épouser, mais elle rejette tous ces galants qui, d'après elle, n'ont pas une belle voix.
Elle rencontre ensuite le Rat. Lui ne se propose pas de chanter, mais il lui plaît bien avec sa longue queue et son petit museau pointu ! D'ailleurs, il lui assure qu'il pourra se procurer de l'huile, du sucre, de la farine et du miel chez le Sultan, où, en temps que trotte-menu, il rentre facilement. La Cigale est gourmande : elle accepte de prendre le Rat pour époux.
Or, un après-midi que le Rat était parti faire des emplettes chez le Sultan, la Cigale s'occupait de la lessive. Par mégarde, elle tomba dans le ruisseau. Si le Rat n'était pas revenu à temps et ne lui avait pas jeté sa queue en guise de cordage, elle se serait noyée !
"Je ne veux plus que tu t'occupes des tâches ménagères, la pria le Rat. Je serais trop inquiet qu'il t'arrive quelque chose pendant que je ne suis pas là!"
Voilà pourquoi, depuis ce jour, on peut souvent voir le Rat en train de s'activer, tandis que la Cigale, invisible passe son temps à paressent en chantant !!!
Ce conte n'est pas sans rappeler un autre, La plus mignonne des Petites Souris, une histoire du Père Castor écrite par Etienne Morel. Apparemment, cette histoire est tirée d'un conte traditionnel japonais.
Dans les deux cas, le père souris décide de marier sa fille au personnage le plus puissant de ce monde. Il va trouver le Soleil ; mais d'après celui-ci, le Nuage est plus puissant puisqu'il peut cacher son éclat.
Le père souris va donc trouver le Nuage ; mais d'après celui-ci, le Vent est plus puissant puisqu'il peut le pousser et le promener où bon lui semble.
Le père souris va donc trouver le Vent ; mais d'après celui-ci, le Mur/ la Tour est plus puissant(e) que lui puisque, bien qu'il souffle depuis des années, il n'a jamais réussi à l'abattre.
Le père souris va donc trouver le Mur/ la Tour... qui lui dit qu'il existe quelqu'un de plus puissant : le souriceau qui creuse des trous dans sa paroi !
Résultat : le père souris va voir ce souriceau, et c'est avec lui que se marie la souricelle !
On retrouve encore notre bonne vieille morale du plus petit qui est le plus fort ! ;-)