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mardi 26 septembre 2023

Le lièvre lunaire

Nous avons pu l'évoquer au cours de l'Eté, lièvre et lapin, en tant qu'animaux nocturnes, ont souvent été associés à la Lune. Le côté nocturne de notre ami grandes oreilles l'a rattaché au monde des sorcières, mais l'a aussi lié à diverses figures et légendes lunaires. Vous vous souvenez peut-être qu'il est lié à cet élément dans l'Alchimie mais aussi dans des oeuvres plus récentes, comme dans Watership Down où l'on retrouve le Lapin Noir d'Inlè, déesse de la Lune et de la Mort. 
 
Or, dans de nombreuses civilisations, on a remarqué que les taches de la Pleine Lune forment la silhouette d'un lièvre... voire d'un lièvre portant un pilon. 
Nous avons déjà mentionné cette illusion avec la mythologie celte : selon certaines légendes, Eostre aurait gravé l'image d'un lièvre dans la Lune. Nous l'avons retrouvé avec la mythologie Aztèque et une fable du Panchatantra.
Des histoires similaires se retrouvent de par le monde. Partons à la découverte de ces lièvres lunaires ! 
 
Différentes silhouettes de lapins dans la Lune... Choisissez la vôtre ! (source)

Au Japon, on le nomme Tsukino Usagi. La légende rapporte qu'un beau jour, l'Homme de la Lune quitta son astre pour voir ce qui se passait sur la Terre. Il se déguisa en mendiant pour passer inaperçu. Il rencontra un renard (ou un chacal), une loutre (ou un singe) et un lièvre, à qui il prétendit avoir très faim et demanda l'aumône. Le renard lui apporta de la viande, la loutre lui pêcha du poisson (ou le singe lui cueillit des fruits), mais le lièvre n'avait que de l'herbe à offrir... Ce dernier pria le mendiant d'allumer un grand feu, dans lequel il se jeta pour lui offrir sa chair. 
Emu par tant de générosité, le faux mendiant retourna sur la Lune en emmenant le corps du lièvre avec lui, afin de lui redonner la vie. Depuis, on peut encore voir l'animal ressuscité là-haut, en train de battre de la pâte à mochi dans un mortier (si vous ne le savez pas, les mochi sont des friandises japonaises en forme de boulettes de riz gluant avec un coeur fourré). 
 
Illustration de l'artiste japonais Gyokuho Kojima (XXe s.)

 
Quant à la Lune, elle est restée grise depuis que la fumée du feu allumé cette nuit-là a recouvert son disque...
 
Dans la version bouddhiste de cette légende,  l'Homme de la Lune est Śakra (une divinité majeure) voire Bouddha lui-même. 
 
Au Cambodge, ce lièvre s'appelle Pothisat.
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Une version connue en Kalmoulkie (république Russe majoritairement bouddhiste) fait de ce lièvre sacrifié un génie nommé Sakimouni. On peut lire dans le Dictionnaire infernal de Collin de Plancy : 
Il habitait le corps d’un lièvre ; il rencontra un homme qui mourait de faim, il se laissa prendre pour satisfaire l’appétit de ce malheureux. L’esprit de la terre, satisfait de cette belle action, plaça aussitôt l’âme de ce lièvre dans la lune, où les Kalmouks prétendent la découvrir encore
 
Illustration de Louis Le Breton

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Pour l'anecdote, en 1977, le chanteur italien Angelo Branduardi a composé une chanson à partir de cette légende (mais ici, le lièvre est trompé par les autres animaux).
 


***
Une autre légende japonaise raconte que la Lune croit et décroit en même temps qu'un lièvre qui change de pelage.
On dit a aussi au Japon : "Lorsque la Lune flotte sur l'Océan, un lapin blanc saute dans les vagues"

(source inconnue)


 
***
 
Dans la mythologie chinoise (notamment dans le taoïsme) on dit que Chang'e, déesse de la Lune vit dans son palais céleste en compagnie d'un apprenti, d'un crapaud et d'un Lièvre de Jade. L'apprenti s'échine à couper sans cesse un cannelier qui pousse continuellement, le lièvre de jade prépare une potion dans son mortier, aidé par le crapaud. 
 
Miroir de la dynastie Tang (entre le VIIe et le Xe s.) où on peut voir l'apprenti (à gauche) coupeur du cannelier (au centre), le lièvre (à droite) et le crapaud (en bas)

Le lièvre apothicaire prépare un élixir de longue vie, panacée universelle capable de guérir toutes les maladies (le crapaud, selon certains, représenterait ce remède miraculeux, sorte de pierre philosophale). Le lièvre, aux côtés de l'apprenti qui coupe son cannelier depuis la nuit des temps, représente un symbole d'éternité.
 
Motif d'une robe impériale chinoise du XVIIIe s.

 
On trouve une légende semblable dans la mythologie vietnamienne où le lièvre accompagne la déesse  Hằng Nga.
 
Déesse de la Lune et lièvres par l'artiste japonais Kimpōdō  (vers 1830)


Dans le folklore coréen, le lièvre lunaire prépare non pas des mochi ou un élixir de longue vie mais des gâteaux de riz. 

Dans un épisode du Voyage vers l'Ouest, un roman chinois du XVIe s., le fripon Songoku, sorte de dieu-singe déchu, pourchasse le Lièvre de Jade.
Songoku contre le Lièvre de Jade par Yoshistoshi (fin XIXe s.)

 ***
Dans ces différents cultures asiatiques qui placent le lièvre dans la Lune, a lieu un Festival de la Lune à la Mi-Automne. Il se tient le 15e jour du 8e mois lunaire selon le calendrier chinois, ce qui équivaut plus ou moins au Solstice d'Automne (en fait la première Pleine Lune d'Automne puisque cette fête a lieu pendant la Pleine Lune). 
 
(source)

Pendant cette fête en Chine et à Taïwan (Moon Festival), célébrée depuis au moins 3000 ans, on allume des lanternes, on offre des cadeaux aux enfants et on mange des mooncakes (gâteaux en forme de pleine lune décorés, avec une croute aux graines de lotus fourrés à la pâte d'haricots rouges). 
 
Au Japon, lors de la Lune des Récoltes (Harvest Moon), on célèbre Jūgoya ("la 15e nuit"), pendant laquelle on se met dans l'état d'esprit dit (O)tskukimi, c'est-à-dire "la contemplation de la Lune". Cette fête traditionnelle a pris sa source dans un Japon poétique, qui accorde une grande importance à la contemplation de la nature. On mange (et on offre aux divinités) des patates douces et du taro (un autre tubercule très répandu dans la cuisine japonaise)... et des mochi, bien sûr !
 
 
En Corée, on fête Chuseok ("la veillée d'Automne") ou Hangawi ("le milieu de l'Automne"). Au cours de cette fête, on s'adonne à trois rituels qui consistent à rendre hommage aux ancêtres : le Charye (honorer ses ancêtres chez soi), le Seongmyo (on visite les tombes des ancêtres), et enfin le Beolcho (on nettoie les sépultures, on les désherbe). Lors de ce festival qui rappelle un peu notre Toussaint, on mange des gâteaux de riz traditionnels, en particulier des songpyeon (en forme de demi-Lune) et des hangwa. 
 
(source)

 
 
Au Vietnam on fête le Tết Trung Thu ("Milieu d'Automne") aussi surnommé Festival des Enfants car ils sont au centre des festivités. On offre des cadeaux au plus jeunes : des lampions en forme d'étoile, des masques et des  tò he (des figurines en amidon de riz qui peuvent être utilisées pour jouer ou être mangées). Les enfants chantent et on organise des danses de lion ou de dragons (vous savez, quand les danseurs se cachent sous un costume de dragon ou de lion et défilent dans les rues en ondulant).
 
(source)

 
Au Cambodge, on célèbre Bon Om Touk ("Le festival des Courses nautiques"). On y assiste à des défilés de bateaux illuminés et, ce qui nous intéresse, on organise le Sampeah Preah Khae ("la salutation de la Lune") : on fait des offrandes de fruits qui plaisent aux lapins, on allume des lanternes sur les pagodes et les maisons, on admire la Pleine Lune et on formule des voeux en se rappelant la générosité de Pothisat.
A Singapour, en Malaisie ou en Indonésie, on organise aussi des Festival de Lanternes (pour rappeler la lumière de la Lune)

 
***
En France, le lapin aussi est associé à la Lune puisque dans une version d'Au Clair de la Lune apparut à partir de 1870, les paroles ordinaires sont remplacées par ce couplet : 
 Au clair de la Lune
Trois petits lapins
Qui mangeaient des prunes
Au fond du jardin,
La pipe à la bouche,
Le verre à la main,
En disant : « Mesdames !
Servez-nous du vin ! » 
 
Illustration de Monique Palomares

Conclusion : 
Dans les différentes mythologies, et particulièrement en Asie, le lièvre, mis en rapport avec la Lune, reste un symbole fort de fécondité, de renouveau, de renaissance et d'éternité. Il est souvent associé à un met traditionnel ou magique : l'aliment représente ici la source de la vie, la source d'énergie.
Le lièvre est représenté sur la Lune : il s'agit d'un grand  hommage qu'on lui a rendu en échange d'une action honorable, ou parce qu'il s'agit d'un animal digne d'éloge. Dans tous les cas, on est loin de l'image du lièvre couard ou (pire encore) du lièvre démoniaque. 
 
Pour creuser le sujet, vous pouvez écouter cette émission.

lundi 25 septembre 2023

Le(s) lièvre(s) d'Inaba

 Au Japon, deux légendes liées à un lièvre sont nées dans l'ancienne province d'Inaba (aujourd'hui Totori). 

1ère histoire  : Amaterasu et le lièvre
 
Il y a bien longtemps, la déesse du Soleil Amaterasu voyageait dans la province d'Inaba et recherchait un lieu pour installer une retraite provisoire. Soudain, un lièvre blanc apparut et attrapa un pan de son vêtement entre ses dents. Il la conduisit jusqu'à un point abrité entre deux montagnes, près de la mer, parfait pour bâtir un palais de villégiature. 
Aujourd'hui, ce lieu est celui du sanctuaire Hakuto-Jinja. où on révère les lièvres blancs. 
 
Illustration d'Anastasia Izlesou pour le livre Leap, hare, leap de Dom Conlon

 ***

2ème histoire : Ōkuninushi et le lièvre nu
 
La deuxième légende met en scène Ōkuninushi, un kami (i.e. une divinité vénérée dans la religion shintoïste), et plus précisément le kami de l'agriculture, de la médecine et de la fécondité. Sa légende est transcrite dans le Kojiki, un livre de contes et de mythes japonais datant du VIIIe s.
 
Ōkuninushi  est le dernier garçon d'une grande fratrie : il a 80 frères plus âgés. Un jour, la princesse Yakami d'Inaba fit savoir qu'elle recherchait un époux. Tous les frères se mirent en route pour lui demander sa main. Ōkuninushi  fut du voyage lui aussi, même si ses aînés ne voyaient pas d'un bon œil sa venue. Ils lui donnèrent tous leurs bagages à porter, de sorte qu'Ōkuninushi, chargé, traînait derrière eux alors qu'ils avançaient rapidement en toute légèreté. Les 80 frères trouvèrent sur leur chemin un lièvre tout nu : sa fourrure était arrachée et sa peau à vif. L'animal était bien mal en point, mais comme les frères étaient mesquins, ils lui conseillèrent de se baigner dans l'eau de mer et de se sécher au vent pour se sentir mieux. Bien entendu, ce remède ne soigna pas vraiment le pauvre lièvre !
 
Illustration d'un livre anglais de 1892
 Arriva alors Ōkuninushi. Plus gentil que ses frères, le garçon demanda au lièvre quel malheur il lui était arrivé. 
 
Illustration d'un livre anglais de 1892

 
Celui-ci raconta qu'il avait voulu visiter la région mais il ne pouvait franchir la mer entre les îles d'Oki et la Côte d'Hakuto (dans la région d'Inaba). C'est alors que le lièvre remarqua des wanizame (des dragons d'eau, des crocodiles ou des requins) et inventa une ruse : il prétendit que les lièvres étaient plus nombreux que les wanizame et que si ceux-ci ne le croyait pas, l'oreillard se ferait un plaisir de les compter pour vérifier. 
 
Illustration d'un livre anglais de 1892
 
Un peu vexés de se savoir en sous-effectif, les wanizame se mirent en rang le long de la mer. Le rusé sauta de dos en dos en feignant de les compter : en vérité, il  en profitait pour traverser sans se mouiller.
 
Illustration d'un livre anglais de 1892


Illustration de Kureha Rokuro (1943)

 Quand il arriva à la Côte d'Hakuto, satisfait de lui-même, le malin se moqua des wanizame qui étaient tombés dans son traquenard. Furieux, le dernier wanizame parvint à l'attraper et à lui arracher la peau avant que le lièvre ne s'échappe...
 
Illustration d'un livre anglais de 1892

Quand Ōkuninushi entendit cette histoire, il eut de la peine pour le lièvre. Il conduisit le blessé jusqu'à une source d'eau claire pour qu'il y baigne ses blessures et lui conseilla de se rouler dans le pollen cotonneux des massettes qui poussaient là. 
 
Illustration d'un livre anglais de 1892
 
Pour le remercier de sa bonté et de ses bons conseils, le lièvre lui promit qu'aucun de ses frères n'obtiendrait la main de la Princesse Yakami : c'est Ōkuninushi qui l'épouserait. 
 
Si vous en avez le temps (une petite dizaine de minutes) je vous propose de regarder ce dessin-animé japonais réalisé par  Mitsuyo Seo en 1935. Cette vidéo est disponible sur Wikimedia, mais je vous ai ajouter des sous-titre français si besoin (même si elle reste compréhensible sans 😉)
 

Dans ce dessin-animé, de même que dans certaines versions de la légende, le lièvre doit sauter sur le dos des crocodiles suite à une tempête (ou une inondation), et non par désir de voyage. Par ailleurs, ça se termine plutôt mal pour lui : sans fourrure, il est rejeté par les siens et aucun héros ne lui vient en aide... 
Remarquez que les dessins ressemblent beaucoup à ceux de Disney à la même époque.
 
***
Vous noterez que ce mythe reprend des symboles forts liés au lièvre : la fécondité (via la figure d'Ōkuninushi) et l'amour (le mariage d'Ōkuninushi avec la princesse, grâce à l'intervention magique du lièvre), la ruse (qu'on retrouve dans le lièvre d'Afrique par exemple), la renaissance (puisque le lièvre fait peau neuve).
 
Illustration d'Katsushika Hokusai (XIXe s.)

 

 ***
En raison de ces deux légendes, on révère les lièvres blancs au sanctuaire Hakuto-Jinja, sur la côte d'Hakuto.


Entrée du sanctuaire d'Hakuto (source)


Photo d'Audrey Bourdin
Les cailloux blancs aux pieds des statues de lièvre sont autant de voeux formulés par les fidèles. le lièvre d'Inaba est surtout réputé pour guérir les maladies de peau et apporte son aide en amour

Photo d'Audrey Bourdin
Ici le mur des voeux du sanctuaire


samedi 23 septembre 2023

Le lapin dans le Zodiaque Chinois

 C'est aujourd'hui l'Automne mais nous allons finit notre voyage lapinesque ces prochains jours par un dernier arrêt en Asie. 
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Vous n'êtes pas sans ignorer que le Zodiaque chinois (et plus largement asiatique car il est répandu dans d'autres pays) ne fonctionne pas de la même manière que le Zodiaque européen hérité du ciel (et de la mythologie) gréco-romain. 
Les signes du zodiaque chinois, au nombre de 12 comme en Europe, varient en fonction des années, et non des mois. 
Or, l'un de ces signes est un Lapin (ou un Lièvre)
 
Le Lapin est le quatrième signe dans le zodiaque chinois. En chinois il s'appelle Mao. 
Vous souvenez peut-être (nous en avions parlé pendant l'Eté trotte-menu) que les douze animaux célestes ont, selon la légende, été choisis suite à une course organisée par l'Empereur de Jade. Dans cette course, le plus difficile était de traverser la rivière. Le Lapin a réussi à surmonter l'obstacle en bondissant d'une pierre à une autre avec agilité. A mi-chemin il a glissé et est tombé à l'eau, mais il a eu la chance de saisir une branche qui flottait sur le courant et a ainsi été emporté sur le rivage. Il est arrivé à la quatrième place, derrière le Rat, le Buffle et le Tigre (Eh oui ! Il n'a pas été le plus rapide !) 
 
(source)

 
Ce que le Lapin ignore, c'est que le Dragon, qui traversait en même temps que lui, l'a vu s'accrocher désespérément à sa branche : pris de compassion pour le pauvre petit animal prêt à se noyer, le généreux Dragon a soufflé sur son frêle esquif pour le pousser vers la berge... il a donc perdu une place mais a exécuté une bonne action.

Illustration d'aquineth

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Traditionnellement en Chine, on découpe la journée en douze plages horaires de deux heures, chacune associée à un animal zodiacal. L'heure du Lapin s'étend de 5h00 à 7h00, période pendant laquelle, dit-on, le Lièvre de Jade prépare l’élixir de longue vie sur la Lune.
 
Pour mesurer le temps mais aussi s'orienter, les Chinois utilisaient jadis un système dit des "12 rameaux" ou des "12 branches terrestres". Chaque branche était évidemment associée à un animal. Le Lapin correspond ainsi au quatrième rameau qui représente l'Est (90°) et est associé au Printemps. Un bien grand rôle quand on sait que la Chine, Pays du Soleil Levant, se targue d'être situé plein Est ! 
 
Lapin regardant la Lune, Huang Quan (XVIe s.)


Dans le Yin et le Yang, les Lapins se situent dans le côté Yin, c'est-à-dire dans la moitié noire en corrélation avec la nuit, la Lune, le genre féminin, la fraîcheur, la discrétion... beaucoup de points qui correspondent au lapin !
 
Chaque année, en plus d'un animal, le zodiaque chinois change d'élément, les cinq éléments étant l'Eau le Bois, le Feu, la Terre et le Métal. Chaque animal a des affinités plus particulière avec un de ses éléments. Ainsi, le Lapin est plutôt lié à l'élément Bois. 
 
Lapins par Yan Zhan Ping

Les gens nés sous le signe du Lapin sont réputés pour être dotés des vertus de gentillesse et d'espérance. De nature calme, ils apprécient la beauté esthétique et ont un caractère artistique. Polis et compatissants, ils peuvent par contre se montrer résignés de leur sort et assez passifs. Sensibles, créatifs et prudents, ils sont aussi souvent naïfs, d'un naturel inquiet, assez indécis et ont tendance à se montrer pessimistes. 

Dessin du japonais Imao Keinen (vers 1930)

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Le Lapin est utilisé dans d'autres calendriers zodiacaux inspirés de celui de la Chine : au Japon, en Corée, au Cambodge et dans le calendrier Cham (un groupe ethnique réparti entre la Chine, le Vietnam et le Cambodge). 
En revanche, dans le Zodiaque vietnamien, le Lapin est remplacé par le Chat. On ne connaît pas les raisons exacte de cette substitution mais plusieurs hypothèses existent : 
- au Vietnam, le chat porte bonheur car il chasse les rats qui ravagent les rizières et les greniers de riz. Il était donc nécessaire d'inclure un chat dans le zodiaque, alors que selon la légende chinoise, le chat a été éliminé lors de la course décisive. 
- le rat et le lapin ont été jugés trop semblables (pour rappel : le lapin a longtemps été pris pour un rongeur). 
- le mot lapin en chinois (mao) est proche du mot chat en vietnamien (meo) : il s'agit donc d'une erreur de traduction. 
 
De même, en Malaisie, le Lapin est remplacé par le Chevrotain (un petit ruminant à peine plus gros qu'un lièvre, aussi surnommé "cerf-souris" car il ressemble à une minuscule biche : 2kg, 50cm au garot). 
 
***
Il ne me reste plus qu'à vous dire qu'en 2023 et jusqu'au 9 Février 2024, nous sommes dans l'année du Lapin (ou du Chat au Vietnam, ou du Chevrotain en Malaisie 😉) Vous comprenez maintenant pourquoi j'ai pensé à ce thème cet Eté !  Alors... bonne année du Lapin !

vendredi 22 septembre 2023

Nanabozo

 Dans la mythologie amérindienne, notamment pour les  peuples Anishinaabe (nations dont la langue comporte la même racine algonquienne), Nanabozo, aussi appelé le Grand Lièvre, est un dieu important qui peu prendre les traits d'un lapin. On lui donne de nombreux noms, mais les versions les plus courantes restent Nanabozo ou Winabozo ou encore Michabou. 
 
Dans certaines légendes, on raconte que c'est lui qui a créé la Terre : à l'époque où la planète n'était qu'un large océan, Nanabozo a ordonné à la loutre, au castor et enfin au rat musqué d'aller chercher un grain de sable au fond de l'eau. A partir de ce grain de sable, Nanabozo a pu créer la terre ferme. A l'aide du corps de certains animaux morts entretemps, il crée les hommes et les femmes. 
 
Dans une légende, on prétend aussi que Nanabozo a apporté le feu aux Hommes. Comme bien souvent au début des mythes amérindiens sur l'invention du feu, celui-ci était jadis gardé jalousement dans un tipi par un vieil homme qui vivait avec ses filles. Pour les amadouer, Nanabozo gela le lac qui s'étendait devant le tipi, se transforma en petit lapin et se mit à grelotter sur le lac de glace. En le voyant, les filles furent prises de pitié et l'amenèrent près du feu pour pour le réchauffer. Une étincelle sauta sur le pelage de Nanabozo qui détala à toute allure pour porter ce feu au reste du monde. En souvenir de cet acte de bravoure, le pelage des lièvres est resté brun-roux en Eté (en Hiver, il est blanc). 
 
Outre sa nature de Dieu créature, Nanabozo est aussi montré comme un trickster, un personnage fripon et rusé, qui apparaît dans de nombreux contes. 
D'autres héros lapins peuvent apparaître dans la culture des autres peuples amérindiens, plus ou moins assimilé à Nanabozo : il doit créer des éléments ou apprendre des savoirs-faire aux Hommes. 
Il existe aussi d'autres héros-lapins différents, comme Rabbit Boy, un héros né après qu'un lapin a joué avec un caillot de sang : il est élevé par la famille lapin avant de rejoindre les hommes. Comme ceux-ci ne veulent pas de lui au départ, ils le découpent en morceaux... mais Rabbit Boy revient à la vie.

Quoiqu'il en soit, on voit que le lapin est lié pour ces tribus à la création.
 
Il est aussi lié à la peur dans le totémisme. Celui qui a un lièvre (ou un lapin) pour totem devra apprendre à affronter ses peurs pour ne pas être bloqué dans la vie. Ce qu'il craindra le plus risquera de lui arriver, voilà pourquoi il devra devancer ses peurs et les combattre. 
 
 
Dans la BD Yakari que j'aime beaucoup depuis toute petite, on voit apparaître Nanabozo en tant que totem de l'amie de Yakari, Arc-en-ciel. Dans cette série, Nanabozo est présenté comme un lapin magicien. Alors que le totem de Yakari, grand aigle, incarne la sagesse "posée", Nanabozo est plutôt un plaisantin. 
Dans le premier album où il apparaît, il met à disposition de Yakari et Arc-en-ciel tout un attirail d'objets magiques pour les aider dans un voyage (des mocassins enchantés qui vous conduisent là où vous voulez, une flèche infaillible qui ne rate jamais sa cible, un kayak volant...). En habile magicien, il sait changer de taille à volonté, se déplacer dans l'espace et aussi dans le temps. Ainsi, dans "Le Secret de la Falaise", il emmène Yakari à la Préhistoire pour rencontrer l'ancêtre des oies. Au contraire, dans "Le retour du lapin magicien", il fait venir dans l'époque présente un castor préhistorique pour le présenter à Yakari.  Il donne aussi des bois à un faon qui aimerait ressembler à son père, mais comme dans la fable de Marie de France, cette ramure est trop lourde pour le petit qui s'en repend...
Bref ! Un sacré malin notre Nanabozo.

Pour en apprendre plus sur les divinités lapines des amérindiens, je vous conseille de lire les articles de ce site (en anglais). Pour lire l'histoire de Rabbit Boy (en anglais), vous pouvez cliquer ici.

mercredi 20 septembre 2023

Le lièvre chez les peuples précolombiens

Continuons notre tour du monde lapinesque en partant en Amérique. Les peuples pré-colombiens, en particulier les Aztèques et les Mayas (et plus largement les anciens Mexicains) voyaient dans la Lune l'image d'un lièvre et associaient la Lune, voire sa déesse à cet animal. 
Il existe plusieurs légendes pour expliquer cette association. 
 
Ici un lièvre représenté avec la déesse de la Lune aztèque (Mētztli) ou déesse de l'eau maya (Ixchel) sur une peinture du VIe-IXe s.


1èrement : la création de la Lune et du Soleil
 
Autrefois, quand le monde n'était qu'obscurité, il n'y avait ni Lune ni Soleil. Les Dieux se rassemblèrent et décidèrent de créer deux "luminaires". Pour cela, il fallait que deux d'entre eux se sacrifient en se jetant dans le feu pour s'immoler. 
Tēcciztēcatl, un dieu fort et fanfaron, se porta immédiatement volontaire. Personne d'autre que lui ne voulu se sacrifier, alors on choisit un petit dieu que personne n'aimait vraiment, Nanahuatzin. Or, quand vint le moment de l'immolation, Tēcciztēcatl recula devant le feu, alors que Nanahuatzin, résigné et dévoué, sauta sans hésiter. Encouragé par son exemple, Tēcciztēcatl sauta à son tour. Embrasé, les deux dieux montèrent dans le ciel où ils devinrent deux astres brillants. Mais les autres dieux en voulaient à Tēcciztēcatl : ce n'était pas normal qu'il brille autant que le brave Nanahuatzin, alors qu'il leur avait menti et s'était vanté. On lui jeta à la figure un lièvre qui passait par là  : le lièvre obscurci Tēcciztēcatl qui devint la Lune, voilà pourquoi elle brille moins que le Soleil aujourd'hui. 

Enluminure du manuscrit Histoire générale des choses de la Nouvelle Espagne par Fray Bernardino de Sahagún (XVIe s.)
 
Ce lièvre devint par la suite Mētztli, déesse de la Lune, de la nuit et des agriculteurs. Elle contrôle la pluie et l'irrigation de la Terre grâce à un serpent qu'elle porte en son sein et qui verse l'eau sur la Terre. 
 
Image du Codex Borgia, manuscrit mexicain (XVe s. environ)


 ***
2ème légende : Quetzacoal et le lièvre 
 
Un jour, le dieu Quetzacoal descendit sur terre pour voyager sous les traits d'un homme. Alors qu'il marchait dans un milieu aride il crut mourir de faim... jusqu'à ce qu'un lapin se présente à lui et s'offre de lui servir de repas. Touché par tant de de bonté, le dieu le souleva, pour le porter devant la Lune afin que son ombre s'imprime sur l'astre. Il ne le mangea pas mais expliqua que désormais, grâce à cette image sur la Lune, chacun se souviendrait de l'acte charitable du lapin.

***

3ème légende : Huachinog-vaneg et Tul le lapin
 
Cette histoire est rapportée par l'écrivain allemand Ben Traven qui a écrit des contes mexicains après avoir vécu dans ce pays. 
 
Dans cette version, le Soleil a été créé par Chicovaneg, un homme qui est ensuite devenu un dieu. Son fils, Huachinog-vaneg, se désole de ne pas pouvoir se montrer à la hauteur de son père. Il pense alors, sur les conseils de sa mère, à fabriquer un petit soleil pour la nuit. Il faudrait que ce soleil nocturne dispense de la lumière mais pas de la chaleur pour que les créatures puissent se remettre de la température de la journée dès que la nuit tombe. Il faudrait aussi que sa lumière croisse progressivement pour que les yeux puissent s'habituer à la luminosité. 
Huachinog-vaneg part trouver un sage qui lui conseille d'emporter un lapin avec lui car il s'agit d'un bon compagnon de voyage. Le garçon repart donc avec Tul le lapin. Il construit deux boucliers, un grand et un plus petit mais opaque, puis il se met en route vers les étoiles. 
 
Tul et Huachinog-vaneg devant le le tigre gardien de la route des étoiles (illustration d'Alberto Beltrán)

Au moment de sauter sur la première étoile, il prend peur et n'y parvient que grâce aux encouragements du lapin. Tul et Huachinog-vaneg sautent d'étoiles en étoiles et prélèvent sur chacune un petit morceau de lumière (mais pas autant que pour créer le Soleil) qui sont placés sur le grand bouclier. Ensuite, Huachinog-vaneg lève ses deux boucliers : il place le bouclier vide devant le grand bouclier lumineux de sorte que l'ombre en cache une partie depuis la Terre : voilà pourquoi la Lune croit et décroit, à mesure que Huachinog-vaneg bouge les boucliers. 
Huachinog-vaneg était maintenant devenu un dieu comme son père. Le lapin l'accompagnait toujours dans son voyage à travers le ciel, mais un jour le porteur de Lune s'en trouva agacé : Tul allait par-ci, allait par-là, et parfois entre ses jambes ce qui le faisait trébucher. Huachinog-vaneg voulut le renvoyer sur la Terre, néanmoins le lapin lui reprocha son ingratitude : sans lui, il hésiterait encore à sauter sur la première étoile ! Reconnaissant son erreur, Huachinog-vaneg le plaça alors sur son bouclier pour que tous puissent se rappeler qu'un lapin l'avait aidé à fabriquer la Lune, soleil de la nuit.
 
Illustration d'Alberto Beltrán

 
illustration d'Alberto Beltrán


***
Dans tous les cas, on voit que le lapin de la Lune est toujours un animal courageux dans ces histories (au moins dans la 2ème et dans la 3e), et ne fait pas preuve de couardise.
 
***

Dans le Codex Borgia, on retrouve diverses images de lapins, représenté en "gris-bleu" pour la déesse de la Lune, mais aussi en jaune parmi d'autres animaux (souvent dans des fresques, à côté d'un renard/chacal). On le reconnait à ses grandes oreilles et ses longues dents.
Je vous mets quelques détails, mais n'hésitez pas à le feuilleter en ligne pour chercher les lièvres par vous même.
 





A droite, un personnage à tête de lièvre (la déesse de la Lune ?)

Le lièvre en bas au centre : un sacrifice ?

Encore une représentation de la Lune (le lièvre dans un cercle)

 
 J'ignore s'il s'agit d'un pictogramme et ce qu'il signifie, dans tous les cas il devait être suffisamment important pour qu'on ait besoin de le représenter. 
 
Ci-dessous, sur le vase Princeton, un vase-codex maya datant du VIIe s., on peut voir un lapin-scribe (en bas) : 
 


Bref, le lièvre est bien présent dans l'iconographie des civilisations précolombienne, notamment maya et aztèque. Il était aussi associé à la consommation du pulque, boisson alcoolisée de cactus fermenté.

représentation maya (source)


Peinture rupestre à Cataviña  au Mexique, vieille d'environ 10 000ans.  (source) Assez exceptionnelle car vous vous souviendrez qu'en Europe, on ne connaît pas de représentation rupestre de lièvre.