mercredi 14 juillet 2021

Déesses et dieux ours en Gaule

 Nous connaissons bien la mythologie gréco-romaine car l'Empire romain (qui a absorbé la culture grecque) a été très étendu à la fois dans l'espace et dans le temps. De nombreux auteurs ont mis à l'écrit les récits mythologiques (même si parfois ils ont transcrit des versions divergentes). 
Or, en France, avant d'être influencé par cette culture romaine, "nos ancêtres les Gaulois" avaient leurs propres croyances. Bien entendu, ces croyances restent plus ou moins proches de celles gréco-romaines, car l'humanité garde un fond de connaissance très ancien, primitif, qui fait qu'on retrouve des similitudes dans des légendes, des histoires ou des pratiques communes aux quatre coins de la planète.
Cependant, contrairement aux mythes et légendes religieuses des Grecs et des Romains, nous savons très peu de chose de la religion Gauloise : contrairement à leurs voisins, les Gaulois se transmettaient leur savoir quasi-exclusivement de manière orale. Nous n'avons donc pas, ou très peu, de traces écrites de leur culture et de leurs cultes. 
Nous savons néanmoins qu'il existait une déesse liée aux ours, grâce à quelques inscriptions et des objets. 
 
Appelée Artio à l'Est (au moins chez les Helvètes dans l'actuelle Suisse, et en Alsace), Andarta au Sud, Arduinna au Nord (dans les Ardennes), on retrouve dans le nom de cette déesse la racine art/d, qui signifie "ours" dans plusieurs idiomes celtes, comme vous vous en souvenez certainement. 
 
 
 La déesse Artio est essentiellement connue grâce à cette statuette en bronze trouvée dans le canton de Berne (Suisse). Elle porte une inscription qui identifie la déesse-ourse... La femme aurait été rajoutée plus tard, à l'époque romaine (elle représenterait la déesse Abondance).
 
Artio/Andarta/Arduinna était probablement une déesse-mère. Cette divinité liée à la nature,à la forêt, à la chasse, à la connaissance et à l'ours était aussi fort probablement la déesse de la guerre, puisque l'ours était rattaché à cette fonction chez les peuples celtes. 
Quand les Romains ont conquis la Gaule, ils ont probablement fusionné le culte de ces déesses avec les leurs propres : Artémis/Diane ou encre Cybèle (déesse-mère de la nature sauvage). 

source photo
Arduinna était connue pour chevaucher un sanglier (statuette en bronze retrouvée dans les Ardennes)


On a également retrouvé sur le territoire gaulois une inscription à propos de "Mercure Artaius". Mercure était le dieu romain des messagers, des médecins et des voyageurs. Puisque son nom a été accompagné d'un adjectif gaulois qui se rapporte à l'ours, on peut penser qu'il existait, à l'origine, un dieu-ours gaulois qui avait les mêmes fonctions que Mercure. Lors de la conquête romaine, ce dieu gaulois aurait donc été assimilé à Mercure, son plus proche "cousin" romain.
 

mardi 13 juillet 2021

La fameuse invasion des Ours en Sicile

 Si, à l'époque romaine, on trouvait encore de nombreux ours dans les montagnes de l'Empire (et dans celles de l'actuelle Italie, notamment dans les Alpes), au siècle dernier, on estimait qu'il ne restait plus que deux ours dans les Alpes italiennes. Grâce aux réintroductions et aux migrations d'autres pays (surtout des ours venus de Slovénie), on estime actuellement la population d'ours à environ 80-90 individus en Italie (en France, on tourne autour de 60).
Bien entendu, certains territoire sont peu propices pour accueillir/réintroduire le plantigrade. Ainsi, on ne trouve pas d'ours dans l'île sicilienne... 
 
Pourtant, en 1945, l'écrivain italien Dino Buzzati a imaginé une histoire La fameuse invasion des ours en Sicile.  (Notez toutefois que dans la version originale, parue en feuilleton dans une revue jeunesse, les ours envahissaient la Toscane, non la Sicile.)
 

Ce court roman aux allures de fable fantastique met en scène une communauté ursine dirigée par le roi Léonce. Un jour, le fils de Léonce, Tonio (ou Tonin dans certaines versions françaises, diminutif d'Antonio/n). est enlevé par des chasseurs humains. Le roi n'ose pas avouer la vérité à ses sujets car il a honte de n'avoir pas réussi à défendre son ourson. Il prétend que son fils est mort mais ne perd pas espoir de le retrouver un jour. 
Les années passent. Un Hiver, les ours n'ont plus rien à manger et décident d'aller chercher de la nourriture dans les plaines des Hommes. 
 

 
Ils doivent alors affronter l'armée du duc de Sicile, un homme cruel qui voit leur invasion d'un mauvais œil. Il se fait aider par son magicien, aussi voit-on apparaître des monstres et autres créatures magiques dans cette histoire : ogre, croquemitaine (en Italien : Gatto Mammone, c'est-à-dire Chat Mammone), fantômes... 

Après avoir réussi à combattre le méchant duc, Léonce retrouve son fils et est proclamé roi de la Sicile. 

 
 
Commence alors une période merveilleuse où Hommes et Ours vivent en harmonie...  
 

 
Mais peu à peu, les ours sont corrompus par les vices humains... 
 

 
 
Finalement, la cohabitation s'est révélée moins enrichissante que ce qu'on pouvait escompter : les ours finissent par retourner vivre dans la nature, afin de laisser leurs tares humaines derrière eux... 
Voilà pourquoi, aujourd'hui, on ne voit pas des Ours faire leurs emplettes à nos côtés !!

Ce roman a récemment été adapté en film d'animation.
 
 
 

lundi 12 juillet 2021

L'ours au cirque (romain)

 Globalement, les Romains de l'Empire antique ont repris les mythes grecs à propos des ours... Mais pendant que se racontaient ces histoires, que devenait l'ours, concrètement ? 
 
A cette époque, cet animal pullulait dans les forêts et les montagnes de l'Empire. Or, vous n'ignorez probablement pas que les Romains raffolaient des jeux... C'est à dire des jeux cruels et sanglants qu'on allait voir au cirque : combat de gladiateurs, batailles navales, courses de char, exécutions d'ennemis publics et... combats d'animaux. 
 
En effet, à cette époque, on attrapait des animaux sauvages, et si possible exotiques, puis on les exhibait dans les cirques (surtout au Colisée de Rome) pour distraire le gentil peuple qui aimait le pain autant que les jeux. 
Soit les animaux combattaient entre eux. 
 
 
Mosaïque romaine du 3e siècle

Soit ils combattaient des hommes (des gladiateurs ou des prisonniers condamnés à mort). On appelait "venationes" (du mot "venatio" = "la chasse") ces chasses relativement programmées qui ne nécessitait ni traque, ni recherches, seulement de la force et de la bêtise pures et brutes (on peut dire que c'était l'équivalent des corridas actuelles). 
Lion, sangliers, panthères, éléphants, tigres, taureaux... et ours faisaient partie des animaux les plus souvent présents dans ces massacres. Le gladiateur qui s'attaquait aux ours armé d'une pique s'appelait "ursarius".
 
Gladiateur s'attaquant à un ours


La plupart des ours capturés pour l'occasion étaient des ours de l'Atlas (sous-espèces d'ours brun vivant au Maroc, en Tunisie, en Algérie). Apparemment, les Romains ont tellement capturés d'individus qu'ils auraient presque causé la disparition de cette famille d'ourse !  Comme quoi, ce n'est pas d'hier que date "l'extermination" des ours par l'Homme... Par ailleurs, cette famille de l'ours de l'Atlas s'est définitivement éteinte au XIXe siècle... Conséquence à rebours des venationes ?
 
Mosaïque romaine représentant un ours de l'Atlas



dimanche 11 juillet 2021

Polyphonte

Outre les bébés allaités par des ours, la mythologie grecque met aussi en scène des enfants nés de l'union d'une femme et d'un ours. 
 
Ainsi, d'après la légende Polyphonte était une femme qui méprisait tout ce qui avait trait à l'amour. Elle se plaça sous la protection d'Artémis (la Déesse aux ours, réputée pour sa chasteté, je le rappelle). Mais Aphrodite (la Déesse de l'Amour), ne s'avouait pas vaincu : elle lui insuffla de la passion pour un ours... Peut-être pour braver complètement le matronage d'Artémis ! 
 De cet amour naquirent des jumeaux, Agrios et Orios. Représentés sous les traits de géants, mi-homme mi-ours, ces jumeaux étaient réputés pour leur impiété, notamment leur anthropophagie. Ils furent finalement métamorphosés en vautour afin que ces sacrilège soient punis. 
Quant à Polyphonte, qui avait eu l'indécence de mettre au monde ces deux monstres, elle fut changée en stryge (une sorte de femme-oiseau cannibale)... On ne rigolait pas avec la justice divine en ce temps-là !

Adaptation moderne du mythe en BD


samedi 10 juillet 2021

Des héros grecs nourris par les ours

 Plusieurs personnages de la mythologie grecque sont aussi réputés pour avoir été élevés par des ourses.
 
 
C'est le cas d'Atalante, héroïne qui aurait été recueillie par une ourse après avoir été abandonnée bébé par son père. Par la suite, des chasseurs l'auraient trouvée et auraient pris soin d'elle. 
Plus tard, grâce au concours de la Déesse Aphrodite, Atalante épouse Hippomène... mais les époux oublient de rendre grâce à la Déesse : par représailles, elle les transforme en ours (ou en lions, c'est selon). 
Ourse allaitant un humain (B. Connor, 17e)
 
Un autre héros aurait été allaité par une ourse : Pâris, lui aussi abandonné à sa naissance, aurait été nourri par une ourse avant que des bergers le retrouve. 
Pour mémoire, c'est lui qui, par la suite, déclenchera la Guerre de Troie en enlevant Hélène... Ce lait d'ours l'aurait-il rendu particulièrement farouche ?
De plus, les guerriers d'A

vendredi 9 juillet 2021

Iphigénie

 Callisto et Arcas ne sont pas les seuls à avoir été transformés en ours dans la mythologie grecque. En effet, on trouve d'autres occurrences d'une telle métamorphose. Il faut cependant regarder ces exemples comme des versions parmi tant d'autres : la mythologie étant avant tout basée sur une transmission orale avant d'avoir été mise à l'écrit, il existe différentes versions d'une même histoire. Certaines font allusion à des ours (et ce ne sont pas toujours les plus répandues), d'autres non.


Ainsi, dans une version du mythe d'Iphigénie...
Iphigénie est la fille d'Agamemnon, l'un des rois grecs qui participe à la Guerre de Troie. Mais alors qu'il part combattre, ses vaisseaux n'atteignent pas le port, à cause de vents défavorables. Un devin révèle alors au Roi que cette malchance est en fait une volonté divine : Agamemnon aurait offensé Artémis (encore elle, la Déesse aux ours). Pour s'attirer ses bonnes grâces, il devrait lui sacrifier sa propre fille, Iphigénie. 
Son père essaie de ruser pour la sacrifier sans qu'elle s'en doute. Mais Iphigénie découvre la vérité. Au lieu de prendre la fuite, elle consent à mourir pour sauver son peuple.Touchée par son courage et sa dévotion, Artémis la prend en pitié : alors que la jeune fille se tenait sur l'autel, prête à mourir, la Déesse la métamorphosa en ourse pour la sauver. 
(D'après d'autres sources, elle est changée en biche... ou bien elle ne meure pas du tout).
 
Le sacrifice d'Iphigénie par C.A Vanloo (18e s.)

jeudi 8 juillet 2021

Histoire de la Grande et de la Petite Ourses selon la mythologie Grecque

La Petite et la Grande Ourses comptent parmi les constellations les plus faciles à repérer.

Pendant l'Antiquité, les Grecs avaient une légende pour expliquer comment ses ourses se sont retrouvées dans le ciel. 

Tout commence avec Callisto, une nymphe appartenant à la suite d'Artémis/ Diane (chez les Romains), la Déesse de la chasse (et la Déesse des ours, vous vous souvenez ?). 
Artémis exigeait de ses suivantes la plus stricte chasteté. Or, il arriva que Zeus (Jupiter dans la version romaine) parvint à approcher et à violer Callisto en prenant les traits d'Artémis pour tromper sa vigilance. 
 La nymphe tenta de cacher sa grossesse, mais il est difficile de tromper une Déesse : Diane finit par s'en apercevoir. Folle de rage, elle la chassa de sa suite.
 
Maintenant que Callisto était seule et sans protection, Héra (Junon pour les Romains), la femme de Zeus, jalouse de cette rivale involontaire, avait le champ libre pour se venger. Elle changea Callisto en ourse, peu après qu'elle ait donné naissance à un fils. 
Celui-ci, nommé Arcas, grandit sans savoir de qui il était le fils et devint Roi d'Arcadie. 
 
Carte astrologique du XIXème siècle

Un jour, au cours d'une partie de chasse, Arcas tomba sur sa propre mère et, évidemment, ne la reconnut pas. Il leva son arc pour la tuer, mais Zeus, prit de pitié, détourna la flèche. Ce miracle permit à Arcas de comprendre que l'ourse était a mère, Callisto.
 
 
 
Finalement, Zeus transforma également Arcas en ours et plaça la mère et son fils dans le firmament. 
Carte astrologique du XIXème siècle


Maintenant allez comprendre pourquoi on dit  LA petitE OursE et pas le petit ours ! 😉

Une dernière chose : le nom Arcas provient directement du grec arktos, qui pour mémoire est le nom de l'ours dans cette langue. Cette légende tirerait peut-être son origine d'une volonté de trouver un héros éponyme pour l'Arcadie, le territoire d'Arcas (la région existait-elle avant la légende, ou la légende vient-elle assurer la puissance de la région ? Éternel et irrésoluble débat...)
Par ailleurs, depuis ce temps, les guerriers d'Arcadie auraient pour coutume de partir en guerre revêtus d'une peau d'ours.