jeudi 8 juillet 2021

Histoire de la Grande et de la Petite Ourses selon la mythologie Grecque

La Petite et la Grande Ourses comptent parmi les constellations les plus faciles à repérer.

Pendant l'Antiquité, les Grecs avaient une légende pour expliquer comment ses ourses se sont retrouvées dans le ciel. 

Tout commence avec Callisto, une nymphe appartenant à la suite d'Artémis/ Diane (chez les Romains), la Déesse de la chasse (et la Déesse des ours, vous vous souvenez ?). 
Artémis exigeait de ses suivantes la plus stricte chasteté. Or, il arriva que Zeus (Jupiter dans la version romaine) parvint à approcher et à violer Callisto en prenant les traits d'Artémis pour tromper sa vigilance. 
 La nymphe tenta de cacher sa grossesse, mais il est difficile de tromper une Déesse : Diane finit par s'en apercevoir. Folle de rage, elle la chassa de sa suite.
 
Maintenant que Callisto était seule et sans protection, Héra (Junon pour les Romains), la femme de Zeus, jalouse de cette rivale involontaire, avait le champ libre pour se venger. Elle changea Callisto en ourse, peu après qu'elle ait donné naissance à un fils. 
Celui-ci, nommé Arcas, grandit sans savoir de qui il était le fils et devint Roi d'Arcadie. 
 
Carte astrologique du XIXème siècle

Un jour, au cours d'une partie de chasse, Arcas tomba sur sa propre mère et, évidemment, ne la reconnut pas. Il leva son arc pour la tuer, mais Zeus, prit de pitié, détourna la flèche. Ce miracle permit à Arcas de comprendre que l'ourse était a mère, Callisto.
 
 
 
Finalement, Zeus transforma également Arcas en ours et plaça la mère et son fils dans le firmament. 
Carte astrologique du XIXème siècle


Maintenant allez comprendre pourquoi on dit  LA petitE OursE et pas le petit ours ! 😉

Une dernière chose : le nom Arcas provient directement du grec arktos, qui pour mémoire est le nom de l'ours dans cette langue. Cette légende tirerait peut-être son origine d'une volonté de trouver un héros éponyme pour l'Arcadie, le territoire d'Arcas (la région existait-elle avant la légende, ou la légende vient-elle assurer la puissance de la région ? Éternel et irrésoluble débat...)
Par ailleurs, depuis ce temps, les guerriers d'Arcadie auraient pour coutume de partir en guerre revêtus d'une peau d'ours.

mercredi 7 juillet 2021

Artémis, déesse de la chasse... et des ours !

Effectuons un petit saut dans le temps. Nous sommes à l'Antiquité. L'Ours des Cavernes a désormais disparu et nous ne trouvons plus que les ours "ordinaire" de par chez nous. Mais cette disparition n'a guère d'importance car nous parlons aujourd'hui de mythologie !
 
Chez les Grecs, Artémis était la Déesse de la chasse, des animaux et des lieux sauvages... l'ours lui est particulièrement rattaché. 
 
 
Diane/ Artémis d"après une sculpture du 4e siècle av. J.C (Louvre)

 
En effet, selon certains chercheurs, son nom viendrait du mot arktos : à l'origine, elle se serait appelée Arktemis, d'après arkto (=ours) et thémis (=loi divine). 
On la surnomme souvent "la Déesse aux ours" et ses prêtresses étaient surnommées "petites ourses". Par ailleurs, lors des Brauronies, une fête qui lui était dédié dans la cité de Brauron, des fillettes étaient nommées à son service et prenaient le nom d'"oursonnes".

Artémis représentée entourée d'animaux sauvage sur une amphore (env. 680 av. J.C)


Dans la mythologie romaine, Artémis prend le nom de Diane (nom qui s'éloigne de l'ours car il vient du mieux "dies" qui signifie "le jour" : c'est son côté lumineux qui est alors mis en valeur).


mardi 6 juillet 2021

Chroniques des Temps Obscurs

 Pour moi, parler ours et Préhistoire me fait tout de suite penser à une série que j'ai lue à sa sortie : Chroniques des Temps Obscurs (commencée en 2005, ça ne me rajeunit pas tout ça ! 😃 ), par Michelle Paver.

L'histoire se passe il y a 6000ans, dans les forêts de la Préhistoire, peuplées d'animaux sauvages : cerfs, sangliers, chevaux, aurochs, loups... et ours. 
Justement, dans le premier tome (Frère des Loups), le jeune Torak, âgé de 12 ans, doit affronter un ours maléfique qui hante la forêt. Un démon s'est en effet emparé de l'ours qui, depuis, décime hommes et animaux. 
 
Une couverture anglaise

Une série que je ne me lasse jamais de relire !

lundi 5 juillet 2021

Ours des cavernes

 Outre les principales espèces d'ours que je vous ai nommées hier, il existe, ou plutôt existait, plusieurs familles aujourd'hui éteintes. 

La plus connue (culturellement parlant) de ces familles est l'Ours des Cavernes (ou ours des grottes), qui vivait durant la Préhistoire. Pour vous donner une idée, il serait apparu il y a environ 250 000 ans et se serait éteint il y a environ 25 600 ans. Bref, ce n'est pas aujourd'hui (ni même hier) qu'on risque d'en croiser un. 
D'après les ossements qu'on a retrouvés, l'Ours des Cavernes mesurait environ 1,30 mètre au garrot, 3,50 mètres quand il se mettait debout et pesait environ 450kg... 
Autrement dit, il était trois fois plus gros que l'ours brun actuel (qui, à côté, fait figure de nounours !).

Comme son nom l'indique, il semblerait qu'il ait surtout vécu dans les cavernes... A l'époque où les Hommes, eux-mêmes, vivaient dans des grottes, il est donc fort probable qu'ils aient cohabité. 
 
Illustration de Burian Zdenek

 
 
Un colocataire ? Oui, assurément. 
Un ennemi redoutable ? Peut-être... En tout cas, c'est ce que le folklore laisse penser... Mais derrière la fiction, quelle est la véritable figure de l'Ours des Cavernes ? Des études ont montré que ses canines sont moins développées que ses cousins actuels : il se pourrait donc que ce géant soit essentiellement végétarien. 
Proie ou prédateur ? A priori, les Hommes n'auraient pas rechigné à manger de l'ours, qui était donc un gibier de choix pour eux, surtout les ourson et les ourses, moins grands que les mâles adultes.
Un frère ? Certainement. Voire même un doyen, un ancêtre ou une divinité. 
 
Tête d'ours sculptée dans du grès retrouvée dans la grotte d'Isturitz (Pays Bas)

En effet, les chercheurs pensent que les Hommes préhistoriques s'adonnaient à un culte de l'Ours. Il se pourrait qu'à cette époque-là, le tabou qui consiste à ne pas prononcer le nom de l'ours existait déjà. 
Dans tous les cas, l'ours est bien présent dans les rites, comme en attestent les ossements...
 
Trois exemples : 
-Dans la grotte du Regourdou (Périgord), on a retrouvé une sépulture dans laquelle se trouvait un squelette d'ours et un squelette d'homme.
-Dans la grotte de Chauvet (Ardèche), on a découvert des crânes d'ours disposés rituellement. 
-Dans la grotte de Montespan (Haute-Garonne), se trouve une statue d'argile représentant un ours sans tête, au pied de laquelle a été posée un crâne d'ours.

On connaît aussi des représentations de l'Ours des Cavernes dans l'art pariétal, même si elles ne sont pas aussi systématiques que pour d'autres animaux.
 
 
Grotte de Santimamine (Pays Basque)


Petite anecdote pour finir : saviez-vous que le Granier (dans les Alpes, je connais un très bon point de vue pour le contempler 😉)  est un grand gisement d'os d'ours des cavernes ?

Pour en savoir plus :

dimanche 4 juillet 2021

Le jeu des sept familles

Maintenant que vous avez en main le vocabulaire de l'ours (en Français et dans bien d'autres langues s'il vous plaît !), voyons un peu de qui nous allons parler cet Été... 
 
Le genre "Ursidae" autrement dit les ours, compte (actuellement) sept grandes familles.

1) Le plus connu (chez nous) : l'ours brun.
Cette famille compte elle-même de multiples cousins : le grizzly, l'ours kodiak (d'après le nom d'un archipel de l'Alaska), l'ours mexicain, l'ours isabelle...
Il vit principalement en Europe et en Amérique du Nord.
 



2) Un autre bien connu au moins via le folklore : l'ours blanc (ou ours polaire).
Ainsi nommé d'une part en raison de sa couleur (c'est le seul ours blanc "naturellement", et non à cause d'une tare comme l'albinisme), d'autre part car il vit exclusivement dans les régions arctiques (au Pôle Nord). Ce n'est donc pas en France que vous en verrez (sauf un animal dans un zoo qui crève de chaud). 
Il est très important dans la culture inuit où il est appelé Nanuq (nous aurons l'occasion d'en reparler au cours de l'été).




3) On continue dans les couleurs avec l'ours noir, aussi appelé ours baribal (probablement d'après un mot amérindien), ou ours américain... car il est noir et qu'il vit en Amérique ! 
Il est un peu plus petit que ses cousins brun ou blanc. Les individus au pelage brun-roux sont aussi nommés ours cannelle, même s'il s'agit de la même espèce (miam miam).
 

 

4) L'ours lippu, ou ours paresseux, ours à longues lèvres ou encore ours à miel... qui a de grandes babines et vit en Asie, dans les régions tropicales (Inde, Sri Lanka, Himalya).
 



5) L'ours à collier ou ours noir d'Asie ou encore ours du Tibet.
 Il ne s'appelle pas ainsi parce qu'il aime les bijoux, mais parce qu'il porte un collier de poils blancs et longs au niveau du cou et du poitrail, alors qu'il est noir partout ailleurs.
Comme ces surnoms le laissent entendre, il vit en Asie, principalement au Tibet et dans les zones montagneuses. Très bon grimpeur, il n'hésite pas à monter dans les arbres pour dormir.
 

 
 
6) L'ours à lunettes (oui, comme le schtroumpf). 
Je ne crois pas qu'il s'appelle comme ça car il aime ramener sa fraise (donc, pas comme le schtroumpf) mais surtout parce qu'il porte un masque plus clair au niveau des yeux et du museau. 
Il vit en Amérique du Sud, notamment dans la Cordillère des Andes. 
 



Et le septième, me demanderez-vous ?
Il est un peu différent de ses cousins...

7) Le panda, qui vit en Chine, étrange mélange d'ours noir et d'ours blanc. 
En Grec, son nom signifie "pied de chat", en Chinois "chat-ours", en Tibétain "ours-panaché" et en Latin "ours noir-blanc".
 Moins féroce que ses frères, il est quasiment végétarien (il se nourrit à 99% de bambou) alors que les six autres familles sont omnivores, avec un penchant tout particulier pour la viande ou le poisson.




Attention, quelques intrus qui ne sont pas invités à notre réunion de famille (du moins pas cet Été) :
-le koala (qui est un marsupial, comme le kangourou).
-le paresseux (qui est un xénarthres, comme le tatou ou le fourmilier).
-le panda roux (tout seul dans sa famille, même si on a pu le rapprocher des ratons laveurs).

samedi 3 juillet 2021

Etymol'oursie (3)

 Et on finit aujourd'hui avec notre petit tour d'étymologie... 
 
Et dans les autres langues ? Comment s'appelle notre ami l'ours ?

*Plusieurs langues se sont basées sur le Latin ursus : par exemple "os" (Catalan), "orsu" (Corse), "oso" (Espagnol), "orso" (Italien), "urso" (Portugais)
 
Ou sur le Grec arktos : "arth" (gallois, ancien-breton, langues celtiques...), "artos" (Gaulois), "ṛ́kṣa" (Sanscrit), et même "karu" (Finnois). En Gaulois, le mot "artos" désignait non seulement l'ours mais aussi une pierre ou un guerrier (rapport à la force de l'animal).
 
En Breton, on trouve les deux  racines (grecque et latine): "arzh" ou "ourz"

Statue d'ours devant le musée de la Préhistoire d'Helsinki (Finlande)
 
*Mais il existe aussi une autre grande famille de mot éloignée d'ursus/arktos, qu'on retrouve dans les langues d'origine germanique davantage que latine/grecque. 
L'exemple type est le mot "bear" en Anglais. Dans la même famille, on trouve "bjørn" ou "björn" en Islandais, Suédois, Danois, Norvégien, "bjärndýr" en Islandais, "bär" en Allemand et Alsacien, "beer" en Afrikans... et même peut-être en Hindi avec "baloo".

Plusieurs hypothèses pour cette racine en "b-" (même en "bi" si on se fie à l'oreille). 
-soit l'origine est la même que pour le mot "brown" (brun) et se rapporte donc à la couleur de l'animal, brun brillant.  A noter aussi qu'un synonyme de "ours" est "grizzly" qui quant à lui tire son origine de l'Anglais "grizzle" qui se rapporte à une couleur grise.
-soit ces mots proviennent de la mutation d'un adjectif assimilé à "(g)wer" qui signifiait "animal sauvage". 
 
*On trouve aussi une racine issue du Proto-Indo-Européen "medhu" (="mangeur") : "medve" en Hongrois, "medvedi" (="mangeur de miel") en vieux Slave qui a donné "niedźwiedź" en Polonais, "медведь" ("miedvied") en Russe.

*Dans les langues issues du Sioux, on retrouve une racine en "watho", et pour celles issues de l'Algonquin, une racine en "makwa"

*En Chinois 熊  se compose des signes utilisés pour dire "pouvoir" et "enflammé", ce qui symbolise donc la puissance de la bête.
 


 Ce petit tour du monde nous a donc montré que, dans plusieurs langues, l'ours tire son nom de sa couleur (brune ou grise), de son appétit ou de sa puissance. Nous aurons l'occasion de revenir sur ces divers symboles au cours de l'Eté.

*Par ailleurs, dans certaines cultures, nommer l'ours était tabou : son nom portait malheur ! On utilisait donc des périphrases pour le désigner.
Les peuples slaves, germaniques ou baltiques le nommaient ainsi "mangeur de miel", "lécheur" ou "grogneur". 
Pour les Finlandais, on l'appelle "otso", littéralement "front", "front large", à cause de sa grosse tête. Il est aussi surnommé "mesikämmen" ("patte de miel", qu'on peut aussi traduire par "main de miel" ou "pied de miel"), "metsän kultaomena" ("pomme d’or de la forêt"),  "karhu" ("fourrure rugueuse") et on n'utilise pas pour lui le verbe "tuer" mais l'euphémisme "renverser". 
En Amérique du Nord, les peuples utilisaient les titres honorifiques "le vieux de la forêt", "l'ancêtre", "celui qui entend tout" (donc qu'il ne faut pas vexer), "celui qui dort l'Hiver", "celui qui marche légèrement". 
En Galois, il est aussi nommé "le viril".
 
 

vendredi 2 juillet 2021

Etymol'oursie (2)

Et on continue sur l'étymologie !
 
Les mots de la famille de l'ours ont pu servir pour désigner d'autres objets/plantes/animaux, sans lien direct avec lui (si ce n'est une ressemblance physique par exemple). 
 
*Le mot "ours" peut ainsi se référer à un objet inachevé : un manuscrit non publié, un film qui n'a pas fini d'être monté, une pièce de théâtre qui n'a jamais été jouée.
Autrement dit, si vous avez un ours dans votre placard, ce n'est pas forcément un gros mammifère en train d'hiberner mais simplement une histoire qui attend son heure de gloire (!)
 
 *En imprimerie, on utilise aussi le mot "ours" pour se référer à un ouvrier typographe, ou encore à l'encart qui donne les noms et adresses des personnes ayant participé à l'ouvrage (éditeur, imprimeur, collaborateurs...). 
 
Ours imprimeur par Emile Bravo

*En argot l'ours désigne la prison... peut-être parce qu'on y est enfermé comme un ours dans sa tanière pendant l'Hiver ? 
 

*L'ourson peut aussi désigner la fourrure d'ours, et notamment les bonnets à poils (ceux des grenadiers, comme ceux des soldats devant le palais de la Reine d'Angleterre) qui étaient originairement fabriqués avec cette même fourrure. 
 
Paddington (illustration de R. W. Alley)

*Pour certains étymologues, l'oursin, celui qu'on retrouve dans la mer et qui est hérissé de piquants, tirerait aussi son nom de l'ours car ses pics ressemblent à la fourrure hirsute de l'animal. 
 
Ours-Oursin par Minoru Esaki

*L'ours, par comparaison, a aussi pu être utilisé pour désigner d'autres animaux : l'ours marin, par exemple, est un phoque. 
 
Et pour des plantes : 
-l'ail des ours, ainsi nommée car elle serait la première plante que mangerait l'animal au sortir de l'hivernation (personnellement, j'aurais plutôt envie d'un bon morceau de chocolat ou d'une tartine beurrée !) 
-l'oreille d'ours, pour la forme de ses feuilles qui ressemblent... bah à des oreilles d'ours. 
-le raisin d'ours (ou busserole)... peut-être baptisé ainsi car (on pensait que) les ours mangent ces baies ? 
 
Ail des ours

*Quant à la racine grecque "arktos", elle a donné les mots arctophile (personne qui collectionne les ours en peluche... je ne me nommerais pas), mais aussi arctique ("pays des ours") et son opposé antarctique.