dimanche 13 septembre 2020

Glirarium

Vous avez sûrement été étonnés (dégoûtés !) d'apprendre que les anciens Romains et Égyptiens mangeaient des souris... Oui, mais c'était pour se soigner !
Néanmoins, il avaient bien des goûts particuliers puisqu'ils consommaient, par plaisir, un autre trotte-menu : le loir.

Les Romains élevaient des loirs spécialement pour leur table. Voilà ce qui est écrit à ce propos par Varron, dans son livre L'Agriculture en 37 av.J.C

L’enceinte où l’on élève des loirs [est environné de murailles] de pierre lisse ou bien crépies en dedans, pour que les loirs ne puissent trouver jour à s’échapper. On plantera dans cette enceinte de jeunes chênes qui portent du gland; et quand il ne s’en trouve point sur les arbres, il faudra en jeter aux loirs, ainsi que des châtaignes, pour leur servir de nourriture. Il y sera pratiqué des trous assez larges pour qu’ils puissent y faire leurs petits. Ne leur prodiguez pas l’eau. Les loirs boivent peu, et ils aiment être à sec. On les engraisse dans des vaisseaux tels qu’on en voit dans beaucoup de fermes, et qui ne ressemblent point aux vaisseaux ordinaires. Les potiers qui les fabriquent ont soin d’y pratiquer sur les côtés des rainures et un enfoncement servant à passer à ces animaux la nourriture qui leur convient, et qui consiste en glands, noix ou châtaignes; on pose par-dessus un couvercle, et privés de jour, ces loirs engraissent promptement.

Ces "vaisseaux" auxquels fait allusion Varron sont appelés glirarium (de glis = loir).
Il s'agit d'un grand vase percé de trous pour que les loirs puissent respirer. A l'intérieur des passerelles couraient en spirales et des sortes d'entonnoirs sur les côtés permettaient de glisser la nourriture.
Plongé dans le noir, le loi pensait que la mauvaise saison arrivait et se gavait de tout ce qu'on lui donnait.

Glirarium conservé au Musée Etrusque de Chiusi
Glirarium conservé au Musée archéologique de Castro dei Volci
source
Traduction de la légende :
1) couvercle
2) cuvette pour la nourriture
3) passerelles
4) trous d'aération
 

 Soit dit en passant, le poète Martial écrivait, à propos des loirs : Je passe tout l'hiver à dormir, et je ne suis jamais si gras que lorsque le sommeil est mon seul aliment. (livre 13, LIX)

Quand on décidait de servir du loir au banquet, un esclave exhibait le pauvre animal et le pesait devant les convives. Il était ensuite farci avec du hachis de porc, cuit dans la tegula (une tuile) ou au clibanus (sorte de plat muni d'un couvercle).
Dans le Satiricon de Pétrone (vers le 1er siècle) le loir est servi dégoulinant de miel et saupoudré de pavot.

Bon appétit !

samedi 12 septembre 2020

Le Rat qui s'est retiré du monde

L'existence de Diogène me rappelle une fable de La Fontaine, Le Rat qui s'est retiré du monde. Elle nous conte l'histoire d'un rat qui abandonne tout pour aller vivre dans un fromage...



Illustration de P. J. Billinghurst


Même s'il mène une vie un peu moins humble que Diogène, et même si cette fable semble se référer aux religieux plutôt qu'aux philosophes, le rat dans son fromage ressemble un peu, je trouve, à Diogène dans son tonneau.

Illustration de Grandville


Les Levantins en leur légende
Disent qu'un certain Rat las des soins d'ici-bas,
Dans un fromage de Hollande
Se retira loin du tracas.
La solitude était profonde,
S'étendant partout à la ronde.
Notre ermite nouveau subsistait là-dedans.
Il fit tant de pieds et de dents
Qu'en peu de jours il eut au fond de l'ermitage
Le vivre et le couvert : que faut-il davantage ?
Il devint gros et gras ; Dieu prodigue ses biens
A ceux qui font voeu d'être siens.
Un jour, au dévot personnage
Des députés du peuple Rat
S'en vinrent demander quelque aumône légère :
Ils allaient en terre étrangère
Chercher quelque secours contre le peuple chat ;
Ratopolis était bloquée :
On les avait contraints de partir sans argent,
Attendu l'état indigent
De la République attaquée.
Ils demandaient fort peu, certains que le secours
Serait prêt dans quatre ou cinq jours.
Mes amis, dit le Solitaire,
Les choses d'ici-bas ne me regardent plus :
En quoi peut un pauvre Reclus
Vous assister ? que peut-il faire,
Que de prier le Ciel qu'il vous aide en ceci ?
J'espère qu'il aura de vous quelque souci.
Ayant parlé de cette sorte,
Le nouveau Saint ferma sa porte.
Qui désignai-je, à votre avis,
Par ce Rat si peu secourable ?
Un Moine ? Non, mais un Dervis  :
 Je suppose qu'un Moine est toujours charitable.

Illustration de Benjamin Rabier

vendredi 11 septembre 2020

Philososouris (il en faut peu pour être heureux)

Vous avez sûrement déjà entendu parler de Diogène de Sinople : il s'agit d'un philosophe grec du quatrième siècle avant J.C, représentant de l'école cynique qui prône sagesse, vertu, humilité, liberté et proximité de la nature. Pour atteindre cet idéal, Diogène a passé sa vie dans un tonneau, prouvant par là qu'on n'a besoin de rien de matériel pour être heureux.

Cette idée lui serait venue en voyant une souris qui ramassait les miettes tombées de son pain. Il aurait alors déclaré : "Moi aussi je peux me contenter de miettes !"





"Je pense donc je souris"
(source image)

jeudi 10 septembre 2020

En Grèce, plusieurs îles sont liées aux trotte-menus :

- Ποντικονήσι (Pontikonisi)
En Grec moderne : Pontiko = "souris" + nis = "île"
Pontikonisi est donc "L'Île de la souris". Elle doit son nom à sa forme, qui rappelle vaguement une souris... Je vous laisse creuser votre imagination...

source
Selon la légende, cette Île ne serait autre que le navire d'Ulysse pétrifié en pierre.

- Μύκονος (Mykonos), dont le nom se rapproche de myos/mus ("souris" en Grec ancien)

Il devait y avoir beaucoup de souris sur les îles grecques autrefois, notamment car le caractère insulaire empêche les trotte-menus de s'aventurer très loin, et aussi car les Grecs devaient voyager en bateau (moyen de transport privilégié par les rats).

Preuve de cette "invasion" de trotte-menus, les chats ont été introduits très tôt en Grèce (au moins au Ve siècle av. J.C.). Auparavant, fouines et belettes faisaient office de dératiseurs.


mercredi 9 septembre 2020

Rat dans l'art gréco-romain

Souris et rats n'étaient pas absents de l'art greco-romain puisque, comme nous l'avons vu, ils  étaient déjà connus à la fois pour :
- être des commensaux de l'homme.
- être des présages divins (comme lors de l'histoire de la création de Sminthe)
- porter la peste.
- guérir certaines maladies.

On peut ainsi trouver des souris représentées sur des mosaïques, comme sur celle-ci où a été immortalisée son appétit :


détail d'une mosaïque ornant le sol de la Villa d'Hadrian à Tivoli (2ème siècle)
 On conserve aussi de nombreuses sculptures en bronze datant de l'époque romaine (surtout entre le 1er et le 3ème siècle pour les œuvres suivantes).

Comme souvent, l'appétit des souris est mis à l'honneur...



Mais pas que !


Sur cette statuette en bronze,
vous voyez une souris portant un masque de théâtre
(peut-être pour se protéger de la peste... ou du corona virus !!! ;-) )
On trouve aussi beaucoup de souris en décoration de lampe  à huile. Selon certains chercheurs, ce motif aurait pu servir de "conjuration" : en représentant les souris sur les lampes, on les éloignait (donc elles ne venaient pas manger la mèche).





Lampe en forme de canard, avec une souris sur le couvercle

mardi 8 septembre 2020

Zélina la souris !

C'est aujourd'hui l'anniversaire de Zélina, qui fête ses 13 ans cette année !


Pour rester dans le thème, saviez-vous que la Princesse Zélina (celle du livre, pas celle qui dort sur nos genoux en ronronnant !) est métamorphosée en souris lors de sa première aventure ?
En effet, sa marraine, la fée Rosette, la transforme en petite souris pour qu'elle puisse se faufiler entrer les jambes des gardes et sortir du palais en douce...

lundi 7 septembre 2020

Le Rat et la Grenouille

Esope (VIe siècle av. J.C) a composé une fable qui ressemble à la Batrakhomyomakhia : une grenouille invite chez elle un rat... sauf qu'elle essaie de le noyer volontairement (contrairement, justement, à ce que nous avions dans l'épopée parodique). Mais comme vous pourrez le constater, elle est bien puni de sa rouerie :

Un rat de terre, pour son malheur, se lia d’amitié avec une grenouille. Or la grenouille, qui avait de mauvais desseins, attacha la patte du rat à sa propre patte. Et tout d’abord ils allèrent sur la terre manger du blé ; ensuite ils s’approchèrent du bord de l’étang. Alors la grenouille entraîna le rat au fond, tandis qu’elle s’ébattait dans l’eau en poussant ses brekekekex. Et le malheureux rat, gonflé d’eau, fut noyé ; mais il surnageait, attaché à la patte de la grenouille. Un milan, l’ayant aperçu, l’enleva dans ses serres, et la grenouille enchaînée suivit et servit, elle aussi, de dîner au milan.

Même mort, on peut se venger ; car la justice divine à l’œil sur tout, et proportionne dans sa balance le châtiment à la faute. 

Gravure de Gustave Doré

La Fontaine (XVIIe s), s'inspirant d'Esope, a à son tour écrit une fable sur ces deux animaux. Plus longue, elle a une morale (ou plutôt deux) quelque(s) peu différente(s) :


Tel, comme dit Merlin, cuide engeigner [croit tromper]  autrui ,
Qui souvent s'engeigne [se trompe] soi-même.
J'ai regret que ce mot soit trop vieux aujourd'hui :
Il m'a toujours semblé d'une énergie extrême.
Mais afin d'en venir au dessein que j'ai pris,
Un rat plein d'embonpoint, gras et des mieux nourris,
Et qui ne connaissait l'avent ni le carême,
Sur le bord d'un marais égayait ses esprits.
Une grenouille approche, et lui dit en sa langue :
- Venez me voir chez moi ; je vous ferai festin.
Messire Rat promit soudain  :
Il n'était pas besoin de plus longue harangue.
Elle allégua pourtant les délices du bain,
La curiosité, le plaisir du voyage,
Cent raretés à voir le long du marécage :
Un jour il conterait à ses petits-enfants
Les beautés de ces lieux, les moeurs des habitants,
Et le gouvernement de la chose publique
Aquatique.
Un point sans plus tenait le galand empêché.
Il nageait quelque peu ; mais il fallait de l'aide.
La Grenouille à cela trouve un très bon remède :
Le Rat fut à son pied par la patte attaché ;
Un brin de jonc en fit l'affaire.
Dans le marais entrés, notre bonne Commère
S'efforce de tirer son Hôte au fond de l'eau,
Contre le droit des gens, contre la foi jurée ;
Prétend qu'elle en fera gorge chaude et curée ;
(C'était, à son avis, un excellent morceau.)
Déjà, dans son esprit la Galande le croque.
Il atteste les dieux ; la Perfide s'en moque :
Il résiste ; elle tire. En ce combat nouveau,
Un Milan, qui dans l'air planait, faisait la ronde,
Voit d'en haut le pauvret se débattant sur l'onde.
Il fond dessus, l'enlève, et par même moyen
La Grenouille et le lien.
Tout en fut : tant et si bien,
Que de cette double proie
L'Oiseau se donne au coeur joie,
Ayant de cette façon
A souper chair et poisson.

La ruse la mieux ourdie
Peut nuire à son inventeur;
Et souvent la perfidie
Retourne sur son auteur.

Réclame du magasin "Au bon marché" (vers 1930)