jeudi 4 juillet 2019

Le Roman de Renart

Nous en avons déjà parlé : le renard tire son nom d'un récit médiéval, le Roman de Renart.

Mais quel est ce "roman" exactement ?

Pour bien comprendre la teneur de cette œuvre, il faut déjà savoir que le mot "roman" n'est pas à prendre au sens où nous l'entendons aujourd'hui. Au Moyen Âge, en effet, on distingue les écrits ou récits en langue latine (langue noble, prestigieuse, liée au pouvoir et à la religion : elle n'est plus guère parlée mais sert à l'écrit, pour les clercs notamment) de ceux en langue romane (langue parlée par l'ensemble du peuple, qui connait de nombreuses variantes selon les lieux et les particuliers).
Un "roman", c'est donc un texte en langue romane.
Nous pourrions donc gloser "Le roman de Renart" par : "Les aventures de Renart écrites (ou récitées) en langue de tous les jours (en ancien français)"



Ensuite, il faut noter que Le Roman de Renart n'est pas une œuvre unique et arrêtée, composée par un seul auteur. Déjà, la notion d'auteur n'existe pas à cette époque : la majorité de la population ne sait pas lire ni écrire. Même les auteurs, ceux qui inventent des histoires, sont souvent incapables de les mettre à l'écrit : ils les récitent au cours de veillées ou de spectacles. N'importe qui peut alors reprendre tel ou tel épisode, tel ou tel personnage, broder autour d'un noyau central, inventer de nouveaux rebondissements... etc !
Par la suite, il se peut qu'un clerc mette à l'écrit ces récits. C'est souvent le clerc qui appose son nom sur les histoires, mais il n'en est pas forcément le créateur !


Renart en habits de clerc


Le Roman de Renart est donc sûrement, à l'origine, un ensemble de petites saynètes qui étaient jouées par des acteurs, avant d'être mis à l'écrit par différents scripteurs. Or, la composition du Roman est très longue : elle s'étend au moins sur deux siècles, du XIIème au XIIIème siècle. Par la suite d'autres auteurs ont repris les personnages pour écrire de nouvelles histoires.

Le Roman à proprement parlé a donc été mis à l'écrit par différents auteurs. La somme apportée par chaque scripteur est appelé "branche". Le Roman se constitue en tout de 27 branches, il y aurait donc 27 scripteurs différents (ou 29 selon certains spécialistes). Parmi eux, seuls trois ont laissé leur nom : Pierre de Saint Cloud, Richard de Lison et le prêtre de la Croix-en-Brie.

Portrait de La Croix en Brie

Tous les épisodes de ces 27 branches appartiennent à un même ensemble car elles tournent autour d'un même thème et des mêmes personnages.
L'univers du Roman de Renart est composé d'animaux anthropomorphes : les personnages sont des chiens, des chats, des lions ou des loups... mais ils ont un comportement d'humains : ils s'habillent, discutent, montent à cheval et surtout sont organisés comme une société humaine avec un roi, des prêtres, des pélerins...
Or, cette société animale côtoie une société complètement humaine : par exemple, dans certains épisodes, Renart dupe des marchands humains ou des religieux.

Outre cet univers anthropomorphe, les épisodes se rassemblent autour du thème : les ruses de Renart qui cherche toujours à duper son semblable, soit par nécessité (manger, nourrir sa famille) soit par simple malice (le plaisir de jouer un tour à ses voisins).

Malheureusement pour lui, Renart ne ressort pas toujours vainqueur : il lui arrive souvent d'être trompé à son tour par un autre malin... ou de tomber dans son propre piège !

mercredi 3 juillet 2019

Etymologoupilogie n°3


Vous l'avez compris, le mot "renard" est donc assez particulier au français, et est issu d'une double influence germaine (Premièrement : l'alteration de "vulpes" en "goupil" ; Secondement, l'origine du prénom Renart).

Allons faire un petit tour dans les autres pays pour voir comment s'appelle Maître Renard...



Si nous regardons les autres langues :
-en italien, renard se dit "volpe", proche du latin, donc (l'italien a moins subi l'influence germanique et scandinave qui a marqué le français). A noter que "vulpes" était issu d'une racine suggérant la couleur rouge.

-en anglais, "fox" vient de l'ancien haut-germanique "fukhs", mot lui-même issu de l’indo-européen "puk" qui signifiaient "queue".


De même que "renarder", le verbe "to fox", signifie "ruser"

La renarde se dit "vixen" à partir d'une altération de l'ancien terme "foxen" ("fox" + terminaison "-en" qui est une marque du féminin) devenu ensuite "fixen".

-le terme allemand "fuchs" a la même étymologie, de même que "vos" en néerlandais.

-en suédois, le renard s'appelle "räv", terme qui provient du vieux norrois "refr", qui vient lui-même d'un terme ancien, "rewaz", se référant à la couleur brune.
Même étymologie, entre autres, pour "refuz" (islandais) et  "ræv" (dannois)

-En espagnol, le renard s'appelle "zorro", mot qui viendrait de l'ancien portugais avec pour signification "paresseux". Cependant, aujourd'hui, les Portugais nomment les renards "raposo", mot issu de l'ancien galicien "rabo" désignant la queue.

-En gallois, on l'appelle  "llwynog", nom formé à partie de "ilwyn", le bosquet.

Enluminure du XVe siècle
Après ces quelques exemples, que pouvons nous conclure ?

 Le nom du renard, dans les différentes langues, lui a été donné à partir de caractéristique qui servent à le définir (ou du moins peuvent définir l'image symbolique qu'on se fait de lui) :
-à partir de son habitat (ilwynog)
-à partir de sa ruse (renard)
-à partir de sa couleur (vulpes, volpe, räv, refuz, ræv)
-à partir de sa queue, au bouffant particulier (raposo, fox, fuchs, vos)


https://www.deviantart.com/pixelsunshine/art/Fox-Tail-Wag-animation-480057531


Voilà donc défini 4 caractéristiques (non négligeables) du personnage du renard. Eh oui ! L'étymologie, ça en dit toujours beaucoup plus qu'il n'y paraît !

J'espère ne pas vous avoir trop ennuyé avec tout ce vocabulaire. Mais maintenant, vous voilà parés pour une partie de scrabble ou une grille de mots fléchés vulpins !  ;-)



mardi 2 juillet 2019

Etymologoupilogie n°2

Comme nous l'avons vu hier, le mot "renard" a donc remplacé l'ancienne appellation "goupil".
Vous le savez certainement, les mots ne sont pas isolés dans la langue française : ils partagent des familles, réunis autour d'un même noyau (la racine) d'où sont issus divers dérivés.

Ainsi, "renard" possède ses propres dérivés.
La femelle du renard, autrefois nommée "goupille", n'a pas été rebaptisée une hermeline, comme on aurait pu s'y attendre (car dans le Roman de Renart, la femme du héros s'appelle Hermeline) : il s'agit tout simplement d'une renarde, de même que les petits sont appelés renardeaux.

Jusque-là, rien de bien nouveau, allez vous me dire.

OK. Plus spécifique maintenant.

"Renarder" est un verbe signifiant "employer des ruses", autrement dit : se comporter en renard !
La "renardie" et la  "renardise" sont des synonymes de "ruse".
Le "renardier" est le nom de celui qui chasse le renard (de même que le louvetier chasse le loup). Ce mot peut aussi être utilisé, de manière plus obscure, pour désigner un scieur de long (c'est-à-dire ceux qui manient une scie longue à deux bouts, qu'il faut être deux pour actionner) qui tient la partie inférieure de la scie

Petit montage pour éclairer cette définition du renardier, à partir d'un manuscrit de
Kalīla wa Dimna 
et d'un décor de la cathédrale de Teruel en Easpagne

La "renardière" est le nom de la tanière du renard, ou bien d'un four utilisé pour la sidérurgie (et dont le conduit était appelé "queue de renard"). 






Pour ce qui est des homonymes, "renard" peut aussi désigner :
-en métallurgie le résultat d'une fonte imparfaite, de couleur orangée.
-en marine, un instrument de navigation
-en peinture ou architecture, un trompe l'oeil.

Du côté des dérivés latins, à partir du mot "vulpes" donc, nous trouvons le terme "vulpin" qui est utilisé en langage soutenu ou scientifique pour désigner tout ce qui se rapporte au renard.
Le vulpin est aussi une herbe dont l'épi ressemble à une queue de renard.

source image


A partir de "goupil", on trouve le mot "goupillon" et ses propres dérivés (goupiller, dégoupiller...), du fait de la ressemblance entre l'objet et la queue d'un renard.

Enfin, le terme grec  ancien (dont nous n'avons pas encore parlé) "ἀλώπηξ" ("alôpex") a donné le terme médical "alopécie", quasi-synonyme de la calvitie puisqu'il désigne une chute de cheveux. Ce mot aurait été formé à partir du nom du renard, car celui-ci perd ses poils chaque année (comme la plupart des animaux, du reste...).

Quoi ? Vous ne saviez pas que si Robin des Bois porte un chapeau, c'est pour cacher son alopécie ??


lundi 1 juillet 2019

Eté Renard

Salut à tous !

C'est parti pour une saison à thème

Cette année, je vous propose un Eté renard !!!

Encore une fois, nous parlerons surtout du renard "culturel". Je ne vais pas vous donner des cours de science naturelle, mais j'évoquerai les différents visages que prend le goupil, autant dans la littérature que dans les légendes, les mythes, les films, les arts, le langage... Bref, nous verrons de quelle manière le renard est vu  - et représenté - par différents peuples ou différentes individualités, sur des lieux et en des temps variés.

J'espère que ce programme vous alléchera !


*** 

Pour commencer en beauté, un peu d'étymologie. 
Autrefois, ce petit canidé roux qui va nous intéresser tout au long de cet Eté se nommait "goupil". Ce nom dérive du latin "vulpes" 
(les deux mots vous paraissent peut-être éloigné l'un de l'autre, mais en réalité le latin a évolué au contact du germain pour donner naissance au français. Ainsi :
-le "v" et le "u" étaient parfois prononcées comme une seule et même lettre, avec le son "ou". 
- toujours sous l'influence du germain, certains mots commençant par "v" ont vu leur leur première lettre remplacée par "g" ou "gw". C'est le cas ici. 
- enfin, il n'est pas rare que, pour des raisons de prononciation plus facile, certaines lettres changent de place. Ici, on remarque que le "l" et le "p" sont toujours présents mais plus à la même place dans le mot. 
Voilà, au terme de cette longue digression, vous avez compris comment "vulpes" est devenu "goupil")

source image

Maintenant, force est de constater qu'entre "goupil" et "renard", la différence est encore plus grande qu'entre "vulpes" et "goupil" !

En réalité, "renard" n'est au départ pas un nom commun mais un nom propre (un prénom, donc). Vous connaissez sûrement le Roman de Renart, compilation médiévale d'aventures qui ont pour héros un goupil nommé Renart. Le prénom de ce personnage vient du prénom germanique "Reginhart", composé de "ragin" (="conseil"), et de "hart" (="dur", "hardi"). Renart signifie donc "hardi, bon au conseil", autrement dit : "plein de ressource" ! Notez cependant que la terminaison "hart" n'est pas tellement méliorative. On la retrouve aujourd'hui dans des mots comme "chauffard", "trouillard", "bavard", "braillard", "binoclard"... 
Par ailleurs, la racine "-art" rappelle aussi le latin "ars", mot qui désigne le talent, l'habileté, mais aussi la ruse.... définition qui correspond parfaitement bien à notre amie Renart !

La célébrité du Roman de Renart à travers les siècles fut telle que le prénom du héros resta : désormais, l'animal s'appelle communément renard et a pour surnom goupil. Vous notez une dernière modification : le "-t" final est devenu "-d"


dimanche 30 juin 2019

Canicula, ae, f = petite chienne

Pour ceux qui l'ignorerait, le mot "canicule" vient du latin "canicula ", signifiant "petite chienne". L'Etoile Canicula (désormais rebaptisée Sirius) appartient à la constellation du Grand Chien, visible principalement pendant l'Eté. Cette étoile très brillante se lève alors en même temps que le Soleil, et l'on pensait autrefois qu'elle était annonciatrice (sinon responsable) des grosses chaleurs.
Pour se prévenir contre la canicule, les Romains avaient donc pour coutume de brûler des chiens roux sur des bûchers... Bon, OK, la chaleur, c'est insoutenable, mais de là à sacrifier des chiens... On n'en est pas encore là ^^

Voilà comment Csali le vit :

Fait chauuuud


Ah ! ça va mieux !

Bref, nous, Csali, on la met à l'eau, pas au feu !

***

Tenez-vous prêts ! Demain, 1er Juillet, c'est reparti pour un Eté thématique !

mardi 11 juin 2019

Hjónabandssæla

Ce week-end, nous avons fait un goûter islandais, avec une hjónabandssæla, dite "mariage heureux". c'est à dire une tarte aux flocons d'avoine et à la confiture de rhubarbe. Miam miam !
Bon d'après le nom, si on réussit cette tarte, c'est qu'on est bonne à marier ;-)






Celui qui parvient à prononcer le nom de cette tarte gagne une part !!! ^^