dimanche 6 septembre 2020

Batrakhomyomakia

Les trotte-menus ne sont pas seulement utilisé humoristiquement dans les dessins, mais aussi dans la littérature ! En voici un exemple avec la Batrakhomyomakia.

Batrakhomyomakia... Quel nom barbare, imprononçable, inretenable... mais heureusement pas intraduisible !
Décortiquons-le pour y voir plus claire...
En Grec ancien :
- βάτραχος = Batrakos = grenouille
- μῦς = Mus/Myos = Rat/souris (ça, vous le saviez déjà !)
- μάχη = Makhé = bataille 

Vous avez donc compris que nous allons parler, avec la Batrakhomyomakia, d'une bataille entre grenouilles et rats !

Peinture d'Emil Sydhagen

Il s'agit, plus précisément, d'un texte écrit en grec ancien, une parodie de l'Illiade (l'épopée qui raconte la guerre de Troie). Pourquoi une parodie ? Parce que la Batrakhomyomakia relate, non pas une guerre de plus de dix ans qui opposent Troyens et Grecs, mais d'une guerre d'une journée opposant batraciens et rongeurs.
Ce texte a longtemps été attribué à Homère, l'auteur légendaire de l'Illiade et de l'Odyssée, qui aurait donc parodié sa propre oeuvre au VIIIème siècle avant J.C. Toutefois, il est plus probable que son auteur soit un certain Pigrès d'Halicarnasse, beaucoup moins connu, et date du Vème siècle avant J.C.  
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Comment s'est déclenché la guerre entre les grenouilles et les rats ? C'est bien simple, un jour que le Rat Psikharpax le voleur de miettes se désaltérait, le Roi grenouille Physignathos aux joues enflées lui propose de venir chez lui.

Voilà comment Psikharpax se présente au Roi grenouille :


"Je me nomme Psikharpax le voleur de miettes, et je suis fils de Trôxartès le rongeur de pain, mon père magnanime, et ma mère, certes, est Leikomylè qui lèche les meules, fille du roi Pternotrôktès rongeur de jambon. Elle m’enfanta dans un trou et me nourrit de choses bonnes à manger, de figues, de noix, et de toute façon. Mais comment ferais-tu de moi ton ami, moi qui ne suis point ton semblable de nature? En effet, ta vie est dans les eaux, et moi j’ai coutume de ronger toute chose parmi les hommes. Le pain trois fois pétri ne m’échappe point dans la corbeille ronde, ni les galettes larges contenant beaucoup de sésame, ni le morceau de jambon, ni le foie revêtu de sa blanche tunique, ni le fromage nouveau de doux lait caillé, ni le bon gâteau de miel que désirent les Bienheureux eux-mêmes, ni auc (dune des choses que les cuisiniers préparent pour le repas des hommes, quand ils ornent les plats d’argile d’assaisonnements de toute sorte. Je n’ai jamais fui non plus la clameur terrible de la guerre, et, me ruant droit dans la bataille, je me suis mêlé aux premiers combattants. Et je ne crains point l’homme, bien qu’il ait un grand corps ; mais, montant sur son lit, je mords le bout de son doigt. Et même une fois, je l’ai saisi au talon, et, quand il eut senti la douleur, aussitôt son doux sommeil fut troublé par ma morsure. À la vérité, je crains deux ennemis sur toute la terre, l’épervier et la belette, qui me causent de grands maux, et aussi la ratière lamentable où veille une destinée pleine de ruses. Mais je crains par-dessus tout la Belette, car elle est de beaucoup la plus forte, et elle entre aussi dans les trous, et elle y furette."

source

Le Rat accepte l'invitation et saute sur le dos de la grenouille. Celle-ci ignore que son invité ne sait pas nager : elle plonge et manque de le noyer ! Quand Psikharpax remonte à la surface, à demi-mort, il décide de se venger (car il pense que cet acte était prémédité) et rassemble ses troupes pour partir à l'assaut du peuple grenouille.


source
Du haut de l'Olympe (la résidence des Dieux), Zeus assiste à la bataille et se demande si sa fille Athéna (déesse de la sagesse et de la stratégie) va intervenir en faveur des rats car "tous bondissent toujours à travers ton temple, se délectant de l’odeur des graisses et des restes des sacrifices."
Mais Athéna refuse d'accorder son secours à l'un comme à l'autre des partis :

"Jamais je ne viendrai en aide aux Rats affligés, car ils m’ont fait subir beaucoup de maux, rongeant mes bandelettes et nuisant à mes lampes, à cause de l’huile ; et ce qu’ils m’ont fait m’a trop mordu au cœur. Ils ont rongé mon péplos que j’avais tissé d’une trame subtile et d’un fil très-fin, et ils y ont fait des trous ; et le ravaudeur me demande beaucoup et me presse, et j’en suis irritée ; car il exige des intérêts, ce qui est affreux pour les Immortels ; et j’ai travaillé en empruntant, et je n’ai pas de quoi rendre. Mais je ne veux pas non plus venir en aide aux Grenouilles, car elles n’ont pas l’esprit sain. Récemment, revenant de la guerre, j’étais très-fatiguée et j’avais besoin de sommeil et, par leur bruit, elles ne m’ont pas laissée fermer l’œil, et je suis restée couchée tout éveillée, ayant mal à la tête, jusqu’à ce que le coq eût chanté"

Finalement, le combat tourne en défaveur des grenouilles. Zeus décide d'intervenir et leur accorde l'aide des crabes pour qu'elles remportent la bataille...

Vous pouvez lire le texte complet en cliquant ici. N'hésitez pas, c'est très court et très amusant !

En tout cas, on peut dire que la Batrakhomyomakhia est le texte le plus ancien qui met en scène des rats anthropomorphisés dans une sorte de fantasy animalière, qui les montre armés pour la bataille : "ils entourèrent leurs jambes de feuilles de mauves, et ils avaient des cuirasses de larges et vertes poirées, et ils firent des boucliers avec des feuilles de choux, et ils avaient pour lance un long roseau pointu, et ils couvrirent leurs têtes de légères coquilles de limaçon"

Illustration de Stacie Williams
(cliquez sur le lien
pour voir sa version résumée et superbement illustrée [en anglais] )


samedi 5 septembre 2020

Apollon dieu des Rats

Ce n'est pas seulement en Egypte qu'on entend parler des souris durant l'Antiquité ! En effet, selon un mythe grec-ancien, des Crétois partirent un jour fonder une ville en Asie Mineure. Un oracle du Dieu Apollon leur prédit qu'ils devraient bâtir la cité à l'endroit où des ennemis surgis de l'intérieure les attaqueraient. 
Or, une nuit, des rats sortirent de la terre et dévorèrent les cordes des arcs, les lanières des boucliers et des tentes où dormaient les homes. Ceux-ci en déduisirent que les rats n'étaient autre que ces "ennemis surgis de l'intérieur" et ils battirent à cet endroit même la ville de Sminthe (du grec ancien σμίνθος, smínthos qui signifie « souris »).




Ils dressèrent également un temple à Apollon, surnommé Apollo Smintheus (l'Apollon des souris).

Apollon était vu à la fois comme le protecteur des souris, mais surtout comme celui qui protégeait des souris/rats. 
En effet, d'un côté il aurait été capable de jeter des traits pestilentiels (donc porteur de la peste) contre ses ennemis.
D'un autre côté, il protégeait ses fidèles contre la peste. Pour cette raison, des souris blanches étaient élevées et gardées dans sont temple, pour protéger le Dieu et repousser les invasions de rats (et leur peste). Pour se garder de la peste, on préconisait d'avoir chez soi quelques souris blanches.

source image

Dans une croyance qui ressemble à celle que l'on trouvait en Egypte, on prétendait que manger une souris, surtout quant on était enfant, surtout quand elle était trempée dans du miel (j'entends déjà vos ventre gargouiller) pouvait guérir certaines maladies.

En souvenir de ces croyances, en 2018 des statuettes de rats ont été disposées sur les marches des ruines du temple d'Apollo Smintheus

Source (cliquez pour voir d'autres photos)

vendredi 4 septembre 2020

Les souris enterrant le chat

Les ostraca ne sont pas sans rappeler les loubki russe : des estampes populaires gravées sur bois, souvent humoristiques ou satiriques.

Un loubok de 1760 met ainsi en scène des souris (ou des rats) organisant les funérailles d'un chat



Comme dans les ostraca, nous avons ici une sorte de monde à l'envers, un univers carnavalesque (certains interprètent même ce dessin comme une caricature de l'enterrement du Tsar Pierre Le Grand)

jeudi 3 septembre 2020

Analyse d'un ostracon

Un autre ostracon représente  un chat-pharaon partant en guerre contre des rats...



Cette scène a été analysé ainsi par Eugène Lévêque (en 1890) :

Un papyrus satirique représente un combat de Rats et de Chats qui est la parodie des combats livrés par Ramsès III aux Khêtas en Syrie [...] : les Rats représentent les Égyptiens et les Chats les Asiatiques. Le Pharaon est monté sur un char traîné par deux lévriers au galop ; des Chats courant auprès de lui, remplissent le rôle des lions que les Pharaons emmenaient avec eux à la guerre ; deux Rats lancent des flèches contre un Chat qui tire de l'arc ; deux autres Rats s'avancent en se couvrant de leurs boucliers ; un Rat gravit une échelle pour monter sur la plate-forme d'une forteresse où se tiennent des Chats qui n'ont d'autres armes que leurs griffes.

Sans prétendre détenir la vérité, j'aurais plutôt tendance à penser qu'au contraire les Chats représentent les Égyptiens (puisque ce sont eux qui se tiennent aux côtés du Pharaon).
Et vous, comment interpréteriez-vous cette scène ?

Croquis de ce dessin (pour une éventuelle meilleure lisibilité : vous pouvez cliquer pour agrandir)




mercredi 2 septembre 2020

Papyrus et ostraca satyriques

Après cette "petite" pause, revenons à nos souris égyptiennes !

On a retrouvé, sur des papyrus et des ostraca (poteries ou morceaux de calcaires servant de support d'écriture), des images satyriques sur lesquelles on voit des chats au service de souris.
Il s'agit d'une représentation d'un "monde à l'envers", où l'équilibre entre Ordre et Chaos est inversé : le faible est servi par le fort, le dominant devient dominé.


Papyrus montrant un chat coiffant une souris (Musée du Caire)

Ces images pourraient constituer une critique de la société, ou peut-être un espoir (du style "les derniers seront les premiers, et les premiers les derniers".)

Souris servie par des chats sur un papyrus (British Museum)


Mais il s'agit peut-être tout simplement de récits illustrés, destinés à l'amusement, puisque les animaux sont humanisés, comme c'est le cas par exemple dans Le Roman de Renart ou dans les fables.

Ostracon montrant une souris servie par un chat (Musée d'art et d'histoire de Bruxelles)


mardi 1 septembre 2020

Reprise !

C'est la rentrée aujourd'hui !
Enfin, ça dépend pour qui...





Je vous propose de profiter de la rentrée pour, de notre côté, reprendre l'Eté trotte-menu (qui sera un peu Eté Indien cette année...).
Dès demain, je recommencerai à vous parler souris.

1 mois et 7 jours sans articles...
La saison trotte-menu sera donc prolongée d'autant, jusqu'au 29 Octobre (ou jusqu'à Halloween pour simplifier !)

Merci à vous d'avoir patienté tout ce temps...
Et bonne reprise de l'Eté !

Illutration de Racey Helps





dimanche 9 août 2020

Ent'rat'cte

Bonjour à tous,

Comme vous l'avez sans doute constaté, j'ai laissé de côté l'Eté trotte-menu ces derniers jours. Je n'ai en effet pas le cœur à vous parler petite souris en ce moment.
Plutôt que de vous bâcler des articles sans y prendre de plaisir, je vous propose de reporter "l'Eté" cette année. Je reprendrai les publications dès que possible. En attendant je compte tous les jours sans articles pour prolonger d'autant la saison des grignotines.